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1 Corinthiens 10, 31-11,1

1Cor 10,31-11-1 Conflit de la liberté et de la charité

1 Corinthiens 10:31 - 11:2

31 Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. 32 Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Église de Dieu, 33 tout comme moi je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés.
11:1 Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ. 2 Je vous félicite de ce qu’en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les traditions comme je vous les ai transmises.

Cette lecture est non seulement d’une brièveté désespérante mais elle constitue également la conclusion des versets qui précèdent et qui ne nous ont pas été rappelés ! Paul avait à résoudre un cas de conscience : les sacrifices païens étaient très nombreux et les viandes des sacrifices étaient vendues à bon compte ou même distribuées gratuitement. Le problème était de savoir si les chrétiens avaient le droit de manger ces viandes… « les idolothytes » !
Ce qui fait dire à Paul : « tout est permis mais tout ne convient pas ». Tout est permis mais tout ne construit pas la communauté.
Dans ce passage nous pouvons discerner trois thèmes :

1.Tout faire pour la gloire de Dieu : le culte à rendre à Dieu dans et par toute la vie.
Paul donne ici des critères pour éclairer les consciences chrétiennes :Quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu et quoi que vous fassiez, tenez compte des autres, de leur bien, du bien général. Faites passer vos préférences personnelles après le souci des autres. Il ne faut pas scandaliser pour le plaisir de scandaliser. Il nous faut donc accorder deux exigences importantes : la liberté et la charité. L’intégrisme religieux qui provoque des blocages aussi bien que la permissivité jusqu’à la licence sont des sources de discorde et ne font qu’empêcher des communautés de se construire.
Au point de départ de l’Eglise, et les choses n’ont pas changé, il y a conflit entre ceux qui sont « ouverts » et ceux qui sont « fermés ».
« Les « ouverts » sont ceux qui connaissent la nouveauté du Christianisme, ils se laissent entraîner par l’Esprit. et savent que le Christ a apporté la liberté ». Une liberté qui supprime toute forme de superstition, de sacralisation chères à toute forme de paganisme. Pour le croyant toute nourriture est pure, tout espèce de rite sacrificiel païen ne peut la transformer ni rien ajouter, aussi Paul peut dire au verset 31 : « que vous mangiez que vous buviez faites tout pour la gloire de Dieu ».
La norme est désormais tout faire pour la Gloire de Dieu. « La norme de l’action n’est plus la loi, c’est la liberté. Tout acte libre peut maintenant être rapporté à Dieu »1

2. La charité doit être plus forte pour sauver également les plus faibles.
V32 : « ne soyez un achoppement pour personne » L’achoppement dont il est question c’est celui des faibles dont Paul a déjà parlé précédemment ; ceux-ci sont tentés de revenir en arrière. Le comportement de l’homme libre à l’égard de la Loi risque de les faire tomber.
L’attitude de Paul relève d’un principe général : l’Evangile nous libère, mais nous oblige dans le même temps à devenir esclave de tous pour les gagner au Christ.
IL propose qu’on se règle sur sa conduite : il se soumet, si c’est nécessaire, à des pratiques dépassées « afin de convaincre plus facilement ceux qui vivent dans la terreur de l’enfreindre.
On voit la souplesse de Paul : tout en proclamant la liberté il fait des concessions aux préjugés »1

Comment concilier les deux manières qui s’ opposent nécessairement et sont à l’origine de conflits au sein de la communauté . ?
Paul ne croit pas nécessaire de choquer mais il a un grand respect de la conscience de chacun, aussi bien de ceux qui sont ouverts que de ceux qui sont fermés.
Il est réellement libre, mais c’est librement qu’il renonce à profiter de sa liberté lorsqu’il y va de l’évangélisation des faibles. Il recherche avant tout le bien de tous au risque de limiter sa propre liberté.

1 Corinthiens 9:19-22 « 19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre. 20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs [...]
22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns. »

Son principe est de se faire tout à tous, afin d’en sauver quelques uns.
La charité ne détruit pas la liberté mais la déborde : la liberté est sollicitée au nom de la charité.
Il reste le dernier verset de ce texte qui peut étonner et paraître prétentieux. Pour qui Paul se prend-il ? « Soyez mes imitateurs ». Pour être moins choquant ne peut-on pas traduire : « inspirez-vous de mon témoignage, tout comme moi aussi, je m’inspire de celui du Christ » ? _ L’apôtre, qui s’est lui-même affranchi du rigorisme pharisien, invite ses correspondants à l’imiter
Non pas tellement ni seulement dans son agir mais dans sa passion pour le Christ et sa soif de l’imiter. On ne peut bien comprendre Paul qu’en l’entendant dire : « mon modèle à moi c’est le Christ » le Christ qu’il connaît aussi bien crucifié que dans la gloire.

On ne peut trouver de prétention exagérée de la part de Paul mais une conviction profonde qu’il veut nous partager, nous avons tous besoin d’exemples sur lesquels nous nous modelons non pour eux-mêmes mais pour ce qu’ils représentent.
Imiter n’est pas copier, mais c’est essayer de découvrir ce qui fait vivre celui que l’on prend pour modèle, ce qui est moteur en lui. Il n’est pas question d’imiter des travers mais de découvrir l’éclair qui illumine toute sa vie et ses actes, même imparfaits.
Dans le monachisme primitif on allait demeurer chez un ermite qu’on essayait de prendre pour modèle. Jésus n’avait-il pas déjà initié ses disciples de cette manière : « venez et voyez » .
Les disciples de Jésus n’ont rien fait d’autre que ce qu’ils ont vu Jésus faire et dire.
On n’invente pas la vie monastique et la vie chrétienne et comme nos prédécesseurs nous aurons toujours besoin de « maîtres » à imiter. Nous reconnaîtrons les meilleurs chez ceux qui, comme Paul, non seulement reconnaissent leur faiblesse mais la proclament comme force sur laquelle le Seigneur se base pour agir. Ceux qui ont fait comme Paul une expérience profonde du Christ, dont toute la vie en est comme imprégnée, respirent le Christ : tout leur être dit quelque chose du Christ..
1 Joseph Comblin dans Ass du Sgr 37

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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