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13e Dimanche B

13ème Dimanche du T O. -B-

Le passage du facteur marque chacune de nos journées. Dans le courrier, il y a parfois une lettre qui s’adresse à nous, en nous gratifiant d’un Cher Monsieur personnalisé. Elle veut nous donner à penser que nous avons du prix aux yeux de notre correspondant. Effectivement, du prix, nous en avons puisque il s’agit d’une demande d’argent.

Pour avoir une idée du nombre de sollicitations que le facteur me transmet, comme à beaucoup d’autres, j’ai conservé les enveloppes depuis le 1er janvier. Arrivé à la moitié de l’année, j’ai fait le compte et je suis arrivé à 82 venant de 41 organismes différents. Par chance, pourrait-on dire, il n’y pas de courrier le dimanche mais il y a la quête dans les églises et voilà qu’aujourd’hui St Paul s’en mêle. Lui aussi demande de l’argent. Pour faire quoi ?
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Les catastrophes humanitaires ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les années 46-48 après J.C., la Judée (et particulièrement à Jérusalem), connut une famine. Paul par-ticipe aux secours. Il invite les communautés d’Antioche de Syrie, de Rome, de Corinthe et d’ailleurs à organiser une collecte.
Il poursuit deux objectifs : 1). Venir en aide aux sinistrés et 2) Manifester l’unité et la solidarité des Eglises qu’il a fondées dans le monde païen avec l’Eglise de Jérusalem où les chrétiens sont d’origine juive.
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C’est à Corinthe qui nous allons ce matin. Paul a eu du mal parfois à apaiser les turbulences de cette communauté. Un jour, il reçoit de bonnes nouvelles de son compagnon, Tite, qui a réussi à résoudre un conflit. En écrivant aux Corinthiens, Paul exprime sa satisfaction … et sollicite leur générosité ! Exercice difficile !
Il ne faut pas égratigner la susceptibilité des Corinthiens.
De manière apparemment innocente, Paul leur donne une information. Au mi-lieu de leurs tribulations et malgré leur pauvreté, les Eglise de Macédoine ont demandé, comme une faveur, de participer à la collecte. Comment les Corin-thiens pourraient-ils rester à l’écart d’un tel mouvement de solidarité ?

Paul donne deux consignes qui peuvent nous aider aujourd’hui :
« Que votre geste de générosité soit large. » « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne. » . La générosité ! Oui ! La gêne ! Non ! Consignes claires… qui nous laissent en face de notre liberté d’appréciation.

Un geste large de générosité. Sommes-nous généreux ou calculateurs ? Dans notre monde, chaque fois qu’il s’agit de donner, nous entendons le mot « réci-procité » ou bien l‘expression « à charge de revanche ».
Quand nous donnons, nous voulons un retour. Et cela peut se comprendre mais il est quand même mieux de savoir de quoi on parle. Générosité gratuite ou cal-cul de rentabilité !

Avant de répondre à une demande, il y a des raisons d’être prudents. Il ne faut pas encourager la paresse, le désordre et la corruption. Il ne faut pas que les per-sonnes aidées deviennent des assistées ou dépendantes du bienfaiteur. Les besoins doivent être réels et les canaux de transmission vérifiés et sécurisés.

Ne pas se mettre dans la gêne. S’il y a une frontière floue, c’est bien entre le suffisant et le manque.
Il y a des justes revendications : avoir un logement décent, une nourriture saine et suffisante, des conditions de travail humaines, avoir accès aux soins.
Chacun de nous met le curseur de la gêne là où cela lui convient et c’est la place de ce curseur qu’il faut examiner.
On peut justifier notre train de vie par le travail que nous avons fourni. Mais bien des gens ont travaillé beaucoup et doivent vivre au-dessous du seuil de pau-vreté. Serions-nous capables d’être de bons pauvres ?
Avoir de l’argent fait naître des désirs et il faut de l’argent pour satisfaire les nouveaux désirs. Cycle infernal !
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Pour allumer la générosité des Corinthiens, Paul fait un bilan : « Vous avez reçu largement tous les dons : la foi, la Parole, et la connaissance de Dieu, cette ardeur et cet amour que vous tenez de nous.
Et puis, il leur demande de regarder Jésus Christ :
« Vous connaissez en effet la générosité de Notre Seigneur Jésus Christ, lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Jésus n’a pas eu à renoncer à une fortune qu’il ne possédait pas. La richesse qu’il a procurée aux chrétiens n’a rien à voir avec les biens de ce monde. Pour leur donner la richesse de sa vie, Jésus n’a pas revendiqué de tenir son rang de Fils de Dieu dans la société de son temps.
« Tenir son rang ! » Instinctivement, nous y tenons ! C’est pour nous comme u-ne obligation. Il faut bien sûr distinguer les obligations qui tiennent à la fonction et ce qui relève de notre vie personnelle.
Regarder la capacité de renoncement de Jésus peut nous aider à détecter dans notre vie ce à quoi nous ne devons pas toucher et ce qui peut être mis à la dispo-sition de ceux qui sont dans le besoin.

Un philosophe païen, Sénèque (2-66), a écrit ceci : « Qui a fait un don pour rece-voir en retour n’a pas fait un don » (La Croix du 31.05 12.p16)
Le don inconditionnel dont parle Sénèque ne serait-il pas le seul remède contre l’égocentrisme qui détruit notre capacité de vivre ensemble ?!

St Paul nous donne l’occasion de vérifier les motivations qui font que nous donnons ou que nous refusons de donner.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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