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157 -3e dimanche de l’Avent C

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3ème Dimanche de l’Avent –C-

Sophonie 3, 14-18a Philippiens 4, 4-7 Luc 3, 10-18

« Ce n’est que du bonheur » Voilà ce que disent, dans les médias, ceux qui ont réussi quelque chose de difficile. Il y aurait donc une relation entre l’effort, la réussite et le bonheur.
Nous parlons plus souvent de bonheurs que de joie. On dirait que, faisant partie de l’intime, une certaine pudeur nous empêche de parler de la joie. A côté du bonheur qui s’exprime facilement, la joie aurait-elle besoin de se réfugier dans la discrétion.
Pour entendre ce mot, faut-il entrer dans les églises ? Encore que la liturgie n’en a-buse pas. On le trouve dans les chants.
La joie serait-elle un cadeau reçu tandis que le bonheur serait une conquête ?
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Nous cherchons donc le bonheur dans toutes les directions. On le cherche…
- du coté de la santé. On ne manque pas de dire que c’est le plus important.
- du côté de l’argent. Si on veut s’enrichir, ce n’est pas pour être malheureux.
- du côté de l’exploit qui donne la gloire, mais, au mieux, les gloires humaines ne perdurent que dans les dictionnaires.
- du côté de la facilité : la machine à laver, le téléphone, la voiture…
- du côté de la fête. On s’éclate. Mais, après la fête, qui raccorde les morceaux ?
- du côté de l’intégration sociale. Il faut faire bonne figure dans le cercle des rela-tions.
En bref, est bon à prendre pour être heureux ce qui assure la sécurité et la confiance en soi. Paul a été dans cette ligne. Qu’on le sache, il est Juif ! Peu avant le passage lu aujourd’hui, il note qu’il est circoncis, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin. Il est Hébreu, pharisien et, cerise sur le gâteau, il est engagé dans la société de son temps : persécuteur de chrétiens ! (Phil. 3-4). Paul, voilà un homme bien intégré ; il a tout pour être heureux.
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Mais alors que nous n’avons que le mot bonheur à la bouche, ce matin Paul secoue les Philippiens : « Soyez dans la joie !.. » Et il insiste !
On peut croire qu’il donne un ordre ! Peut-on être joyeux sur commande ?
La foi en Jésus leur a apporté des ennuis mais, à entendre Paul qui est en prison, la joie fait partie de l’équipement du chrétien.
Les ennuis troublent le bonheur mais n’empêchent pas la joie.

Précision ! Paul parle de « la joie dans le Seigneur ». Curieuse expression ! Ordinai-rement, on se réjouit à cause d’une personne. On ne se réjouit pas dans une personne. Le caractère insolite de l’expression active notre recherche :

- La joie du chrétien est la conséquence de la découverte de Celui qui est présent à toute vie humaine. Elle est donnée par Jésus à ceux qui le suivent.
- Elle donne sens à l’existence.
- Quand elle est enracinée dans le cœur, la joie dans le Seigneur rend capable de ré-sister à tous les orages de la vie et ils ne manquent pas.. Paul écrit aux Philippiens :
« Priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes ». Le fait de deman-der quelque chose traduit un état de manque et s’il faut prier et supplier avec in-sistance, c’est qu’il y a quand même des raisons d’être inquiets.
- En venant dans le monde, le Seigneur a ouvert la source d’une joie que l’homme ne peut se donner. Elle conduit au respect des autres qu’on ne cherche pas à dominer.

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- Ce mot « joie » est comme un soleil autour duquel Paul fait tourner deux satellites : la sérénité et la paix.
- La sérénité n’est pas une euphorie artificielle. Etre serein, ce n’est pas être benêt, inconscient. La sérénité est à l’opposé de la panique. Elle permet de garder la maitrise de soi, de conserver la capacité de prendre une décision réfléchie.
- Paul dit : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. » La sérénité est repérable mais elle ne s’affiche pas. Sans s’extérioriser en manifestations intempesti-ves, bruyantes ou grossières, elle n’en est pas moins communicative. Une personne sereine apaise les nervosités de l’entourage.
- La douceur, la bienveillance, la mesure qui sont la marque de la sérénité, tranchent avec la brutalité du monde qui a souvent sa source dans la peur.

La paix de Dieu ! Quand Paul affirme qu’elle dépasse tout ce qu’on peut imaginer, cela décourage d’en parler. Il donne tout de même deux indications :
« Elle gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus. »

Le cœur dans notre culture évoque ce qui tourne autour de notre vie affective. Pour nous, le cœur est le siège des émotions. Et, dans notre société, les spécialistes de la parole savent en jouer pour qu’on les suive.
Dans la Bible, le cœur est le lieu où l’homme prend ses décisions après avoir réfléchi. Dieu a donné aux hommes un cœur pour penser (Si 17,6). Nous chantons quelquefois : « Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau. »

L’intelligence, dans la pensée de Paul, est liée à la sagesse, à la capacité de se con-duire avec habileté et prudence pour réussir sa vie.
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Faute de connaître le chemin de la joie, notre société cherche à s’étourdir, à oublier les malheurs présents dans le bruit, l’alcool, le sexe, le jeu.
Depuis des années, notre société veut marier le tout permissif avec le tout sécuritaire. On voit ce qu’elle a engendré : des jeunes qui n’ont pas pu construire leur personnali-té et qui sombrent dans l’incivilité, la drogue ou la violence.

Notre société a besoin de tempéraments solides qui gardent l’intelligence et le cœur accrochés à l’intelligence et au cœur du Christ Jésus.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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