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16e Dimanche B 22 juillet 2012

16ème Dimanche du T.O. -B-

Au 8ème s. av J.C., le royaume d’Israël (au nord) a été envahi par les Assyriens (Irak du nord). Ils déportent la population. Dans le royaume de Juda (au sud), le prophète Jérémie alerte les habitants de Jérusalem : s’ils ne changent pas de vie, il va leur arriver le même malheur. Mais à Jérusalem, la vie est belle et on fait la sourde oreille !

Jérémie s’en prend alors à ces rois qui oublient le Dieu de l’Alliance et se tournent vers les idoles. Ce sont de « misérables bergers ! » Heureusement, Dieu va prendre les choses en main et rassembler « le reste de ses brebis ».
Pour ceux qui entendent ce message, il ne peut s’agir que de remplacer ces rois indi-gnes par des pasteurs fidèles. Ils prendront soin des brebis qui auront survécu et elles deviendront fécondes. Les plus futés des auditeurs pouvaient-ils imaginer l’impen-sable : rassembler les brebis rescapées du royaume d’Israël et du royaume de Juda dans un même royaume réunifié ?
*
Au temps de Jésus, le pasteur du peuple juif, c’est Ponce Pilate ! Situation humiliante et insupportable ! Le peuple, qui attend un pasteur digne de ce nom, est séduit par la personnalité de Jésus.
Ce jour-là, les apôtres sont revenus de leur mission et Jésus veut leur donner un temps de repos. C’est raté ! Il est rejoint par la foule. Dans cette foule, il voit des bre-bis sans berger. « Il les instruit longuement. » Le bon choix ! En effet, la première chose à faire est de mettre de l’ordre dans les têtes, de donner aux énergies une di-rection vers un horizon commun.
Les auditeurs ne peuvent avoir comme horizon que la venue d’un chef qui chassera les Romains et redonnera au peuple de Dieu la place qui lui revient, la première.

Paul était bien de cet avis. Sa rencontre avec le ressuscité, ses échecs auprès des juifs et l’accueil inattendu de son message par les païens vont brouiller les cartes et ouvrir des perspectives inimaginables.

Au temps de Paul et bien avant lui, quand un juif regardait le monde, il le voyait divi-sé en deux ; il y avait les juifs et les non-juifs. Les non-juifs étaient les plus nombreux mais les juifs étaient les meilleurs.
En d’autres termes ; il y avait ceux qui croyaient au Dieu unique et tous les autres.

Sur le papier, la frontière est étanche. En réalité, elle est poreuse. Des juifs se laissent aller à servir les idoles et des non-juifs croient au Dieu unique. Ceux-ci sont classés dans la catégorie des « craignants-Dieu ». C’était une sorte d’antichambre où ils peu-vent rester à longueur de vie.

La foi en Jésus, mort et ressuscité, bouleverse cette vision du monde. Paul écrit :
« Vous qui autrefois étiez loin du Dieu de l’Alliance, vous êtes devenus proches par le sang de Jésus. » Qui était loin ? Qui est devenu proche ?
Avec leurs multiples idoles, les païens étaient plus loin de Dieu et les juifs qui ser-vaient le Dieu unique étaient plus proches…. sans être très près !
Paul s’adresse aux chrétiens d’Ephèse qui sont d’origine païenne. Quittant le culte des idoles, ces chrétiens ne sont pas devenus plus proches des juifs. Ils ne sont pas devenus des Juifs de périphérie, des craignants-Dieu.
Les chrétiens, quel que soit leur passé, deviennent membres d’un peuple nouveau. Ce peuple est né du sang de Jésus versé au cours de sa passion. Paul écrit :
« C’est lui, le Christ qui est notre paix : des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple, par sa chair crucifiée. »

Les Juifs ont livré Jésus aux païens et les païens l’ont exécuté avec la brutalité que l’on sait. Jésus a eu assez de liberté dans son cœur pour que ce qu’il a subi devienne une offrande de lui-même. La haine qui habitait le cœur des juifs et des païens n’a al-lumé aucun ressentiment, aucune haine dans le cœur de Jésus. Paul continue :

« Il (le Christ) a fait tomber ce qui séparait les juifs et les païens, le _ mur de la haine, en supprimant les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. »
Cette loi de Moïse a été donnée par Dieu aux juifs pour les guider et les protéger. Au retour de l’exil, les pharisiens l’ont tellement prise au sérieux qu’ils ont chosifié son interprétation. Elle est devenue contrôle policier. Et les pharisiens en sont venus à mépriser les juifs du petit peuple, perdus dans la finasserie des règles à observer et, bien sûr, les non-juifs.

Le mépris et la haine des païens s’inscrivaient dans les murs du Temple de Jérusalem Des espaces y étaient réservés aux prêtres, aux juifs (hommes et femmes séparés) et aux païens. Un païen surpris dans l’espace réservé aux juifs risquait sa vie. Il ne fallait pas franchir le mur.
Ce mur, Jésus l’a détruit. Il a redonné sens à la Loi. Elle est un chemin vers Dieu que chacun est invité à parcourir et non une collection de prescriptions impossibles à ob-server.

Qui sommes-nous devant ce texte de Paul ? Nous pestons quand il pleut trop souvent ou quand il fait trop chaud mais nous n’avons pas de haine contre les nuages ou le so-leil. La haine affecte les relations humaines. Elle prend naissance dans le cœur et se développe peu à peu. Mots méchants, plaisanteries douteuses, mépris, indifférence, rupture des relations jalonnent la progression.
La haine est la forme achevée de la rupture. Meurtrière, elle cherche alors le contact pour détruire. Elle défigure sa future victime. Quand elle est défigurée, il est plus facile de la tuer. La tuer est devenue comme un devoir.

Les médias étalent quotidiennement devant nous des manifestations variées de la hai-ne et pourtant qui ne désire la paix ?
La haine construit des murs. La paix ouvre des portes. Si nous cherchons la paix, es-sayons de déceler à temps les plus petits germes de haine dans notre cœur. Celui qui se laisse prendre par la haine perd peu à peu son visage humain.
Jésus a été victime de la haine. Mais son cœur sans haine peut accueillir quiconque cherche un chemin de paix.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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