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18e Dimanche A

31 juillet 2011

18ème Dimanche du T.O. –A-

Is. 55,1-3 Rom 8,35. 37-39 Mt 14, 13-21

Les textes d’aujourd’hui nous invitent à opposer le comportement des disciples, dans l’évangile de Matthieu (des apprentis !) et le comportement de Paul (un professionnel).
Séduite, la foule a avalé les paroles de Jésus et se retrouve piégée, le soir, dans un lieu désert. Pas le moindre magasin à l’horizon !
Les disciples sont des gens réalistes et nous dirions que le conseil qu’ils donnent à Jésus relève du bon sens. « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger. »

Dans une situation qui risque de créer une tension, Jésus aurait intérêt à se faire ou-blier… et même à disparaître mais il prend les disciples à contre pieds. « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il devient alors urgent de mettre Jésus face à la réalité : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
En fait, les disciples se montrent prisonniers d’une sagesse humaine. Ils ne vivent pas encore, comme dira Saint Paul, sous l’emprise de l’Esprit.
*
Revenons justement à la lettre de Paul aux Romains. Le point de départ de sa ré-flexion que nous avons suivie ces derniers dimanches est simple à dire : Dieu n’a pas créé le monde pour s’en désintéresser. Il a un projet. Comme il ne sait faire qu’une chose, aimer, il propose une alliance d’amour avec sa créature.

Avoir un projet, nous savons tous ce que cela veut dire. C’est imaginer un avenir meilleur et travailler à sa réalisation.. Il y a des projets à court terme. Que vais-je fai-re demain ?(S’il fait mauvais temps !) et des projets à long terme : fonder une famille, créer ou développer une entreprise, lancer un programme de recherche scientifique ou sociale, s’assurer une retraite…

La réalisation du projet à long terme demande qu’on trace un chemin, marqué par des étapes. S’engager dans un projet, c’est accepter d’avoir des soucis, de douter quel-quefois. C’est s’imposer une rigueur de vie. Il faut éliminer les désirs immédiats qui détournent l’attention du but à atteindre. L’enthousiasme fait accepter beaucoup de privations parce que, comme on dit : « C’est nécessaire et ça vaut la peine. »

En cours de route, il y a des obstacles imprévus, des échecs. Il faut passer du rêve à la réalité. Devant l’échec, on renonce ou on poursuit. Il y a des projets qui dépassent nos capacités, ce qui conduit à moduler le projet, voire à changer d’orientation, mais on ne peut pas vivre sans projet.

Dieu donc a un projet à très long terme : accueillir l’humanité dans sa divinité. Il a commencé avec un homme, Abraham. Il a élargi son action à un peuple avec Moïse. Depuis Jésus et depuis la Pentecôte, tous les peuples sont concernés.
Cette alliance proposée à chacun n’est imposée à personne. On y entre par choix. La perspective de partager la vie de Dieu est séduisante mais le chemin à parcourir est rude. Le moteur de l’entreprise, c’est l’espérance. Dans l’espérance, il y a une dose d’attente, une dose de tension, une dose de certitude.

Dieu devenu homme parmi les hommes, Jésus a vécu sous l’emprise de l’Esprit sans dériver. Il a ouvert une route et invite à le suivre. La décision de le suivre affecte tous les détails de la vie. Elle bute sur les tendances naturelles de tout homme.
Et finalement l’homme se découvre incapable par lui-même de s’ajuster au mode de vie de Dieu.
Il faut que Dieu intervienne. Il envoie son Esprit qui vient à notre secours. L’Esprit veut ce que Dieu veut. Dieu sait que l’Esprit ne va pas le trahir et qu’il ne va pas non plus trahir l’homme.

Paul a une conviction. Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui vivent selon l’Es-prit. La vie de l’homme ne devient pas plus facile pour autant, mais tout ce qu’il vit a du sens. Dieu fait tout contribuer au bien de ceux qui répondent à son appel.
Cela étant établi, nous arrivons au texte d’aujourd’hui

Paul pose une question : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? »
Pour répondre, il note sept situations qui pourraient aboutir à une rupture : « la dé-tresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le supplice. » Ce sont-là des mots que Paul a employés souvent au cours de ses lettres en parlant de la condition chrétienne. Ils décrivent aussi ce Paul a vécu.

Vivre sous l’emprise de l’Esprit a été, est et sera toujours un combat.
Tous ces combats pourraient engendrer dans le cœur des doutes sur l’attention que Dieu nous porte. Mais ces combats sont tous des victoires.
Toutes ces tribulations mettent en relief la force que donne celui qui a aimé jusqu’à donner sa vie.
*
On peut rester sans voix devant ce tonus de Paul. Et on ne peut pas dire que dans les combats qu’il a menés, il est resté à l’abri. Il a reçu des coups. Dans ces combats victorieux, il ne s’attribue aucun mérite : « En tout cela, nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. »
En fait, Jésus donne au disciple qui s’est battu avec lui de partager sa victoire.
*
Retour à l’évangile. Il n’y a donc que cinq pains et deux poissons pour nourrir la fou-le. Dieu n’étant pas l’allié de tous nos combats, Jésus ouvre un autre chemin : « Ap-portez-les moi ici…. Il prit les cinq pains et les deux poissons » Quand les choses passent dans les mains de Jésus, elles deviennent autre chose. La petite bricole qu’on lui donne devient surabondance.

Apportez-les ici, c’est ce que nous faisons à chaque eucharistie. Nous apportons nos combats, nos déceptions, nos échecs. Tous nos combats qui rejoignent son combat, il les transforme en victoire.
Du prophète Isaïe je retiens l’expression « Je ferai avec vous une alliance éter-nelle. »
Cette éternité de l’Alliance doit continuellement être réveillée dans notre vie.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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