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18e Dimanche C

18ème dimanche du T.O. –C-

Vers 250 av. J.C., ce sont les Grecs qui dominent le Moyen- Orient. Contrairement aux traditions de certains peuples conquérants, ils n’imposent pas aux peuples vain-cus le culte de leurs dieux vainqueurs. Ils entreprennent de les séduire par le haut ni-veau de leur culture, l’à-propos de leur confort et le clinquant de leur luxe. Cette sorte de persécution douce et indolore est efficace. Des Juifs se laissent berner. Faire la volonté de Dieu n’est plus leur préoccupation première.

L’un d’eux entre en résistance ; il prend le nom de Qohéleth qui peut se traduire par « responsable d’assemblée ». Il s’adresse par écrit à ses frères dans la foi. « Vous voulez tout posséder, tout essayer, tout entreprendre et vous allez découvrir que vous ne maitrisez rien. Vous vous usez le tempérament pour obtenir des choses qui ressemblent à la buée qui s’échappe de vos marmites. Ce qu’on fait miroiter à vos yeux, ce n’est que du vent. « Vanité des vanités, tout est vanité. » ! Ce que vous considérez comme des valeurs conduit au déclin.

Le peuple élu a déjà eu avec Dieu une relation habitée de succès et d’épreuves. Il veut bien croire qu’un acte bon doit avoir un résultat satisfaisant mais ce n’est pas toujours le cas. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, il y a toujours de l’injustice quelque part et Dieu, semble-t-il, reste enfermé dans son silence. En fait, il se situe en dehors de tous les calculs humains. Il est mystère et finalement, c’est cela qui est rassurant.
La question que pose Qohéleth traverse les siècles :« Que reste-t-il à l’homme, de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? »
Au temps de Jésus, et encore aujourd’hui, les hommes se posent cette question. Alors, que cherchons-nous en dépensant toute notre énergie ?
*
Un jour, Jésus est abordé par quelqu’un qui a besoin d’être aidé. « Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. »
La question nous étonne mais les règles qui, en ce temps-là, fixaient les modalités de tout héritage, n’étaient pas celles que nous connaissons aujourd’hui.
La question est sans doute celle d’un cadet. En effet, le droit juif attribuait en indivis la totalité des biens immobiliers, terres et maisons à l’aîné des fils qui devenait le nouveau chef de famille. Les biens mobiliers et l’argent étaient partagés entre les enfants, … avec un détail : l’ainé recevait une double part.
Dans le cas concret évoqué par le récit, il semble que l’aîné refuse de remettre à son cadet ce qui lui revient de droit. Jésus répond ne pas avoir la compétence pour donner un avis mais il raconte à la foule une histoire qui pourrait bien s’adresser particulièrement au fils ainé.

_« Il y avait un homme riche. » Il s’agit d’un propriétaire terrien qui a un problème : il n’a pas les bâtiments suffisants pour engranger la nouvelle récolte qui est plus abondante que prévu. A tout problème, une solution ! Il va détruire son installation et faire du neuf.
A l’entendre, on dirait que cet homme fonctionne en circuit fermé. Son regard est borné : « Ma récolte, mes greniers, mon blé, mes biens. » Il n’évoque pas ses banquiers, ses fournisseurs ni ses clients. Il n’a aucune pensée pour les familles qui auront plus facilement de quoi se nourrir.

Il ne pense qu’à son argent. Son coeur n’est qu’une calculette. Sa mécanique intellectuelle n’est que financière. Il est le maître de l’univers qu’il s’est construit. Il a conscience d’être quelqu’un. Devant la difficulté, il a le nécessaire pour faire face. Il tient son rang, quitte à devenir prisonnier de l’image qu’il a de soi. « Te voilà avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose toi, mange, bois, jouis de l’existence. » Comme on dit quelquefois : « Il se met au balcon pour se regarder passer ! »

Face de ce portrait, on peut opposer celui que Paul fait de Jésus : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti prenant la condition de serviteur devenant semblable aux hommes, » (Phil. 2, 5-7) :
Le projet que l’homme de l’évangile caresse ne se réalisera pas. Dieu lui dit : « Tu es fou, cette nuit-même, on va te redemander ta vie. » Que pèsera le vrai de sa vie en face de ce que Dieu attendait de lui ? Acceptera-t-il sa miséricorde ? Ce sera sa dernière décision.

Dieu aime que nous ayons des projets. En faisant tous les efforts nécessaires pour les réaliser, avons-nous une attitude de serviteur ou de profiteur ?
De tout c que nous aurons fait pour les autres, rien ne sera perdu.
De tout ce que nous aurons fait rien que pour nous, il ne restera rien.

St Paul indique une ligne de démarcation entre celui qui se veut serviteur et celui qui ne pense qu’à son bien-être : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. ». Il dit encore : « Faites donc mourir en vous ce qui appartient qu’à la terre. »

Que le Seigneur nous donne, en faisant bon usage des biens qui passent, de nous attacher à ceux qui demeurent.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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