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20 août - fête de St Bernard

Saint BERNARD

LES VISITES DU VERBE

Le Verbe de Dieu n’est pas une parole qui ne peut revenir. Il va et vient selon son bon plaisir, visitant l’âme le matin, et soudain la mettant à l’épreuve : c’est lui qui règle sa venue, son retour dépend toujours de sa volonté.
Supportez maintenant quelque peu ma sottise ; je veux vous dire, car je vous l’ai promis, comment il agit avec moi sur ce point. Certes, cela ne convient pas, mais je me livre pour que cela vous serve et si vous en tirez profit, je me consolerai de ma sottise ; sinon je la reconnaîtrai. J’avoue donc qu’en moi aussi, le Verbe est venu, et plusieurs fois. Lorsque souvent, il est entré en moi, jamais je n’ai perçu son entrée. Je sens qu’il est là, je me rappelle sa présence ; parfois, j’ai pu pressentir sa venue, mais jamais je ne l’ai perçue, ni même sa sortie. Car d’où venait-il dans mon âme, et où allait-il quand il la quittait ? De plus, par où est-il entré ou sorti ? J’avoue que je l’ignore encore maintenant selon ce qui est écrit : "Tu ne sais d’où il vient, ni où il va" .
Puisqu’on ne peut découvrir son chemin, tu te demandes alors comment j’ai su qu’il était là. C’est qu’il est "vivant et efficace" ; dès qu’il vient en moi, il réveille mon âme assoupie, il secoue, émeut et blesse mon cœur, car il était dur comme la pierre et en mauvais état. Il commence aussi à sarcler et à arracher, à construire et à planter, à irriguer les terres arides, à illuminer les recoins obscurs, à ouvrir les portes fermées, à enflammer ce qui était froid ; et encore, à redresser les voies tortueuses et aplanir les terrains raboteux, pour que mon âme bénisse le Seigneur, et que tout ce qui est en moi chante son saint nom.
Ainsi donc, quand le Verbe s’en va, c’est comme si on éteignait le feu sous une marmite bouillante : tout commence à languir et à se refroidir, et c’est pour moi le signe de son départ. Mon âme est prise de tristesse jusqu’à ce qu’il revienne et qu’à son habitude, il réchauffe mon cœur ; c’est la marque de son retour.
Puisque telle est mon expérience du Verbe, quoi d’étonnant si j’emprunte la voix même de l’Épouse pour le rappeler quand il s’absente ? Même si mon désir n’est pas égal au sien, il n’est pourtant pas sans lui ressembler. Tant que je vivrai, j’userai familièrement de ce cri d’appel pour rappeler le Verbe : "Reviens !" Et chaque fois qu’il s’échappera, chaque fois je lui répéterai ce mot. Dans l’ardent désir de mon cœur, Je ne cesserai de le crier derrière son dos, quand il s’en va, pour qu’il revienne, pour qu’il me rende la joie de son salut, qu’il se rende lui-même à moi !

Sermon sur le Cantique 74, 3 à 7.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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