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27 décembre 2012 - Sainte Famille

1 Samuel 1, 20-22,24-28 1, St Jean 3, 1-2, 21-24 Luc 2 41-52

On ne peut pas fêter la Sainte Famille, aujourd’hui, sans évoquer l’actualité au ras du sol et en même temps essayer de prendre du recul.
Jusqu’à maintenant, le fait de parler de l’enfant renvoyait à l’idée de parents. Aujour-d’hui, quand on parle de la famille, le flou est devenu une valeur. Les temps ont chan-gé, les mots sont trafiqués et il est difficile de savoir de quoi on parle.
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Le mot enfant désigne celui qui ne parle pas. L’enfant n’a pas la parole. Il écoute. Il reçoit de ses parents les mots qui vont lui permettre de leur parler. Avec les mots re-çus, il entre dans une culture.
Aujourd’hui, les enfants parlent beaucoup. Ils ont des idées et des exigences. Les pa-rents n’ont plus guère la parole. Ce sont les enfants qui ont du mal pour éduquer leurs parents !

Quand on entend les mots ami et compagnon, de quoi s’agit-il ? Quand l’ami devient un ou une petit(e) ami(e), on est conduit à penser qu’il s’agit d’un couple qui n’est pas tout à fait un couple.
Jusqu’à maintenant, le mot parent a un sens. Il vient d’un mot latin qui veut dire en-gendrer, ce qui suppose l’union d’un homme et d’une femme. Les mots parent 1 et parent 2 engendrent une situation de mensonge.

Beaucoup d’enfants aujourd’hui échappent à l’autorité des parents. Ils sont éduqués par les médias, les jeux vidéo, les camarades du quartier et de l’école. Notre société éloigne les parents des enfants et les rend responsables de leurs dérives.

En mariant le tout permissif avec le tout sécuritaire, notre société a engendré des jeu-nes qui n’ont pas pu construire leur personnalité. Beaucoup évoluent dans l’incivilité, la drogue et la violence. La solution ? Construire des prisons et encore des prisons !?

Dans une société stable les premiers agents de la police de proximité sont les parents. Ils sont en contact avec les jeunes depuis leur plus jeune âge et sont les premiers à inculquer les règles du permis et du défendu.

Dans les meilleurs des cas, les parents les plus unis traversent toujours des situations difficiles. Qu’en est-il lorsque les adultes qui vivent auprès des enfants ne sont pas les parents mais des délégués (quelquefois provisoires) à l’autorité parentale ?

On dit qu’il y a « des études qui prouvent que…. ». Ces études ne prouvent rien. Elles ne peuvent être que « des indicateurs qui donnent à penser que… ». Quand les per-sonnes chargées de l’éducation sont gens de passage, les enfants affrontés à des repè-res flottants ne peuvent que flotter au gré des courants. Ils sont des champions s’ils réussissent à se construire.

Et c’est là qu’apparaît, dans notre société, l’importance des grands-pères et des grands-mères. Ils sont un repère stable.
On entend cet argument : Il faut tenir compte de la réalité. Evidemment mais pour-quoi faudrait-il que la réalité, quand elle détruit, devienne la norme qu’il faut encou-rager ? C’est parce qu’il y a des malades qu’il y a des médecins. Les médecins ne sont pas là pour développer la maladie mais pour rétablir autant qu’il est possible la santé.
Il est urgent d’encourager les personnes qui s’intéressent à l’éducation affective des adolescents, celles qui accompagnent les fiancés, les couples en difficulté et celles qui s’efforcent de construire ou de reconstruire la personnalité des jeunes en dif-ficulté.
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Dans ce contexte, que tirer des trois lectures d’aujourd’hui ?
Avec l’histoire d’Anne, la mère de Samuel, nous sommes aux environs du 10ème s av. J.C.. Son très fort désir d’enfant l’a conduite à avoir un comportement dans le temple qui a choqué le vieux prêtre Eli. Sa prière était tellement démonstrative qu’il a pensé qu’elle était saoule : « Va cuver ton vin ailleurs ! » (I Sam 1 12-14)
Dieu n’est pas d’accord avec le vieux prêtre et il exauce la prière d’Anne. Un jour, elle revient au temple consacrer à Dieu l’enfant qu’il lui a donné. Le vieux prêtre qui a malmené et Anne qui a été malmenée se retrouvent dans une prière d’action de grâce. Désirer un enfant est légitime. L’enfant est un don de Dieu.

Ce don, ce cadeau, attire beaucoup de soucis. Si la famille connaît parfois des mo-ments heureux, elle traverse aussi des situations dramatiques. Joseph et Marie se sou-viendront toute leur vie du premier pèlerinage de Jésus adolescent au Temple. Ce ne fut pas une partie de plaisir. Ils ont connu ce qu’on appelle aujourd’hui une dispa-rition inquiétante. Ils retrouvent Jésus au Temple et ne comprennent rien à ce qui s’est passé. Ils auraient pu le retrouver dans un mauvais lieu, entre de mauvaises mains. Y-a-t-il beaucoup de parents aujourd’hui qui retrouvent leur enfant disparu, dans une église !?
Dans cette chapelle, le vitrail au-dessus de l’autel du Saint Sacrement exprime de fa-çon singulière l’état d’esprit de Joseph et de Marie. Ils en ont perdu leur auréole !
Les dons de Dieu font traverser des moments d’angoisse.

La lettre de St Jean pose question : Dieu sait-il ce qu’il fait quand il veut faire de nous ses enfants, quel que soit notre âge ? Se rend-il compte des soucis que toute cette marmaille d’humains à travers les siècles va lui donner ?
Il nous a désirés. « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. » C’est peut-être lui qui a inventé la police de proximité ! Il s’est voulu proche de chacun. Il ne se décourage pas. Il ne nous décourage pas. Il continue de faire confiance.

"Heureux les hommes dont tu es la force
Des chemins s’ouvrent dans leur coeur." (Ps 83)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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