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27e Dimanche B

7 octobre 2012

27ème Dimanche du T.O. – B-

Autrefois à l’école, on apprenait qu’il y avait dans la création le règne minéral, (tout ce qui est inanimé), le règne végétal, (les arbres et les plantes) et le règne animal, (les animaux et l’homme, l’homme étant à la fois corps et esprit)
Au catéchisme, nous avons appris l’existence des anges qui sont esprits. Ces anges sont des créatures. Du fait qu’ils ne sont qu’esprits, on peut les comprendre plus pro-ches de Dieu.
L’homme, lui, a un esprit qui le rend proche des anges… et de Dieu.
Il a aussi un corps qui le rend proche de l’animal.
La présence du Mal a faussé l’harmonie de toute cette organisation.

Pour redonner à l’ensemble de la création l’allure qu’elle doit avoir devant le Créa-teur, Dieu a dû choisir un acteur pour entreprendre cette re-création. Choisir dans le monde minéral ou végétal n’offrait guère de possibilités. Choisir un ange conduisait à privilégier le monde invisible. Il a choisi de se baser sur l’homme, à la fois corps et esprit, et il a envoyé son Fils sur terre.

De ce Fils nous disons dans le Credo de Nicée-Constantinople qu’il est « Fils unique de Dieu, (…) vrai Dieu, né du vrai Dieu ; engendré et non pas créé, de même nature que le Père. » C’est ce Fils qui est venu sur terre pour partager la condition humaine. Il s’appelle Jésus.

Ces réflexions, où vont-elles nous mener ? Aux premières lignes de la lettre aux Hé-breux que nous recevons aujourd’hui : « Jésus avait été abaissé un peu au-dessous des anges et maintenant nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. »
Pour satisfaire les chefs religieux de Jérusalem, un tribunal romain condamna Jésus au supplice de la croix. Cette exécution publique devait servir d’exemple : voilà ce qu’il en coûte de se détourner de la Loi de Moïse et de troubler l’ordre public.
Il était prévu que cette fin de vie, affreuse et honteuse, inscrive Jésus sur la liste des damnés de l’Histoire et l’efface dans la mémoire des générations à venir. Mais son Père l’a ressuscité.

Il faut quand même une bonne dose d’audace pour dire que la Passion de Jésus est la cause de sa gloire et de son honneur. Et le texte en rajoute : le supplice de la croix est une chance offerte par Dieu à tous les hommes. « Si donc, il a fait l’expérience de la mort, c’est par grâce de Dieu, pour le salut de tous.

La mort n’ayant oublié personne, Jésus, partageant la condition humaine, devait mou-rir. Des gens meurent paisiblement, d’autres dans d’atroces souffrances et d’autres sous la torture. Jésus a connu la mort douloureuse. Il veut être présent à chaque fin de vie humaine quelle qu’elle soit.

Pour changer notre regard sur la croix, il faut se souvenir que Jésus a fait don de sa vie et qu’il est mort pour le salut de tous. Cette expression, qui revient deux fois dans le texte, me renvoie à une station du chemin de croix, la neuvième, celle de la troisième chute. Je crois comprendre convenablement la première chute qui rejoint notre faiblesse et la deuxième qui évoque nos rechutes. « A confesse, je dis toujours la même chose ! ». Mais pourquoi la troisième ? Qu’ajoute-t-elle aux deux autres ?

Je prends une comparaison. Il m’est arrivé plusieurs fois de déménager. C’est une occupation toujours délicate. Que jeter ? Que conserver ? Etc. Au moment de partir, j’ai toujours fait un dernier tour dans la maison : « Est-ce que j’ai bien fermé le gaz, coupé l’électricité, fermer les fenêtres ? Est-ce que je n’ai rien oublié ? Et voilà la question qui me ramène au Calvaire et qui donne un contenu à la troisième chute.

Jésus ne meurt qu’une fois. Avant de mourir, il se pose la question. Aurais-je oublié quelqu’un ? La troisième chute, c’est le dernier tour qu’il fait dans l’histoire de la vie des hommes. Y-a-t-il encore quelque part telle ou telle horreur humaine qui pourrait échapper à ma mission : le salut de tous ? !
Jésus n’est pas mort seulement pour les braves gens qui ont un casier judiciaire vierge et disent n’avoir rien à se reprocher. Il a voulu ramasser dans sa propre mort chacune des plus grosses atrocités humaines et toutes les miettes du mal.

« Le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire. » Fils de Dieu, Jésus s’est voulu frère de tous les hommes sans au-cune exception : « Jésus qui sanctifie et les hommes qui sont sanctifiés sont de la même race ; et, pour cette raison, il n’a pas honte de les appeler ses frères. »

Devant la monstruosité de certaines situations, nous pouvons avoir le réflexe d’exclu-re les responsables de l’humanité. D’aucun homme, Jésus ne dira qu’il le rejette parce qu’il est la honte de la famille.
Il reste vrai que personne ne peut partager la gloire de Dieu s’il n’est pas ajusté à Jé-sus. Si on peut refuser d’être pardonné, Jésus ne refuse jamais son pardon à quicon-que accepte de faire la vérité sur ce qu’il vit. Le Ps. 50 dit : « Tu veux au fond de moi la vérité. »
Je pense aux clarisses de Belgique. Elles ont affronté la colère de la foule parce qu’elles ont accepté d’accueillir une femme qui a eu une conduite particulièrement inhumaine. Saluant leur décision, un pasteur protestant (Samuel Amédro.Maroc) écrit : « Il faut apprendre à accepter de regarder en face l’être humain que je suis (…) ni ange ni bête mais fondamentalement ambigu et déchiré entre ombre et lumière. »

Le salut de tous ! Ce n’est pas qu’une formule. Pourrait-on accueillir dans notre prière toutes ces personnes qui, dans les prisons, ou au sortir de la prison, travaillent à réveiller ce qu’il y a d’humain dans toute personne humaine.
« Tout homme est une histoire sacrée. »
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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