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2e Dimanche A - Isaïe 49,3-6

Isaïe 49

1 Écoutez-moi, îles lointaines !
Peuples éloignés, soyez attentifs !
J’étais encore dans le sein maternel
quand le Seigneur m’a appelé ;
j’étais encore dans les entrailles de ma mère
quand il a prononcé mon nom.
2 Il a fait de ma bouche une épée tranchante,
il m’a protégé par l’ombre de sa main ;
il a fait de moi une flèche acérée ,
il m’a caché dans son carquois.
3 Il m’a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël,
en toi je manifesterai ma splendeur. »
4 Et moi, je disais :
« Je me suis fatigué pour rien,
c’est pour le néant, c’est en pure perte
que j’ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur,
ma récompense, auprès de mon Dieu.
5 Maintenant le Seigneur parle,
lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob,
que je lui rassemble Israël.
Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur,
c’est mon Dieu qui est ma force.
6 Et il dit :
« C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob,
ramener les rescapés d’Israël :
je fais de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre. »


A propos de cette lecture :

Cet oracle du Second Esaïe date de la fin de l’Exil. L’édit de Cyrus étant paru, les déportés peuvent rentrer en Israël, mais ils hésitent et doutent. C’est alors que Dieu répond à leur détresse par la voix d’un prophète pour les assurer que Dieu ne les a pas oubliés. Comme aux jours de l’exode d’Egypte, le prophète se remémore l’appel de son ancêtre Jacob (Os. 11,1) et il appelle le petit reste des rescapés d’Israël à sa vocation de proclamer jusqu’aux extrémités de la terre la libération qu’apporte son Dieu.
Ce deuxième poème du Serviteur commence par une présentation du prophète-serviteur lui-même, appelé à ramener Israël au Seigneur en remplissant sa mission d’Alliance et de lumière des Nations. Déjà on trouve ici des indices introduisant au thème de l’aspect douloureux de la mission du Serviteur explicitée dans le 3e et 4e chant (Es. 52 ; 53).

L’auteur est un des plus grands poètes et théologiens d’Israël. Il a dû appartenir à l’école d’Isaïe et chercher son inspiration dans les œuvres de son maître.

Son œuvre marque un grand progrès dans la pensée religieuse : le monothéisme est fortement souligné, le messianisme est en progrès, la perspective universaliste est accentuée.

(v. 4-5 omis dans la 2° lecture) Le prophète, serviteur de YWHW se dit au bout du rouleau. Dans son découragement, il imagine s’être fatigué en vain, épuisé pour du vide, pour du vent, mais voici qu’il reprend conscience de sa vocation et de sa fonction de serviteur : accueillir la splendeur de Dieu et la communiquer aux humains.
(v.1). Formé dès le sein maternel, le Seigneur reste attentif à lui afin de le conduire à l’accomplissement de sa mission qui n’a rien d’humain mais est toute divine
Le prophète, serviteur s’adresse à un petit reste fidèle resté à Babylone et l’invite vivement à écouter.
v.5. « Maintenant le Seigneur parle ». De qui va-t-il parler ? Le Seigneur va désigner son Serviteur, celui « qu’il a façonné », à qui il donne mission de rassembler, non seulement les rescapés d’Israël mais les nations ; celui « qui a du prix à ses yeux. ».
Si le prophète réclame une écoute aussi particulière, c’est qu’il s’agit de l’identité et du message du Serviteur.

Disons un mot sur le sens du mot serviteur, « ébed » en hébreu.
Ce mot peut désigner une collectivité, soit la communauté d’Israël ou le reste d’ Israël, mais aussi bien un individu, qui peut être le prophète lui-même ou un autre personnage ; celui-ci deviendra ultérieurement une figure du Messie.
v.3 : « Tu es mon serviteur Israël » : ici, « Israël désigne le groupe en qui Dieu se glorifiera, l’élite religieuse de la nation, le petit reste dépositaire des promesses. » Cazelles
v. 5 « J’ai du prix aux yeux du Seigneur » : on passe à une interprétation individuelle.
_ L’auteur rappelle le choix dont il a été l’objet dès avant sa naissance. Son destin inouï ne se fonde pas sur ses vertus. Ce choix tout spécial va déterminer et préciser la mission du personnage mystérieux qui annonce déjà le Christ, dont la mort aura une importance particulière dans l’œuvre du salut. Es. ch.52et 53. Aussi, une double tâche l’attend. Faire revenir Jacob dépassera bien le retour en Terre Promise. « Il sera la conscience vivante du peuple pour dénoncer ses déviations et promouvoir son ardeur à répondre dans la foi et la justice à toutes les exigences de Yahvé qui lui témoigne sa faveur »
A ce sujet, écrit encore le Père Couturier dans Assemblée du Seigneur : « le mot ébed connote toujours une relation personnelle de sujet à maître… La rencontre de Dieu et de l’homme dans une profonde communion d’action et de vouloir est peut-être ce qui définit le mieux le serviteur religieux…Loin de vouloir faire du serviteur un roi, un prêtre ou un prophète ou l’identifier à tout Israël, on peut penser que ce soit toutes ces formes de service qu’il incarne pour les porter à un niveau plus haut ». Il annonce déjà le Christ.

Il se doit de ramener Israël à son Dieu dans un mouvement de conversion, de rebâtir un peuple, avec ceux qui ont survécu l’Exil. Il lui faudra aussi appeler tous les peuples à la connaissance de Dieu, refaire un monde avec les fils d’Adam : « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre ».
Donc une mission bien au delà du peuple choisi, elle aura une dimension universelle : il sera la lumière des nations. C’est au quatrième chant ch.52, que nous comprendrons ce que signifie
« lumière des nations »

C’est à juste titre, que l’Eglise a toujours appliqué ce texte prophétique à Jésus. Serviteur par excellence pour faire connaître le salut à l’humanité, ces versets éclairent la signification de son immersion dans l’humanité. A sa suite, nous sommes appelés au service du projet d’amour de Dieu sur le monde car le Seigneur attache du prix à la part que nous pouvons apporter à la manifestation de sa lumière parmi les nations. Comme le prophète, nous avons à « redécouvrir le vrai visage de la foi, dans notre vulnérabilité et le vrai visage de la confiance faite à Dieu sans avoir besoin d’en valoir la peine ».

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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