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3e Dimanche de Carême A

3ème dimanche de Carême A

Si, en quittant l’Egypte sous la conduite de Moïse, les Hébreux s’imaginaient qu’ils allaient désormais avoir une vie facile, ils tombent de haut. Ils se retrouvent dans le désert avec leurs familles et leurs troupeaux et voilà que l’eau vient à manquer. Evidemment, Moïse est le responsable et on lui prête des intentions malveillantes. Le libérateur devient l’accusé : il a conduit le peuple au désert pour le faire mourir !
Nous comprenons la réaction de ce peuple. On nous a appris que Dieu est tout puissant. Parce que nous l’imaginons à notre service et donc chargé de notre bien-être, nous crions à l’abandon dès que les choses ne vont pas comme nous voulons.

En s’en prenant à Moïse, le peuple a bien conscience de s’en prendre à Dieu lui-même. C’est lui qui a maitrisé la sortie d’Egypte et détruit l’armée égyptienne mais à quoi sert d’avoir passé la mer à pied sec si c’est pour mourir de soif au désert ? Moïse n’essaie pas de se justifier. Quoi qu’il dise, il aura tort. Il s’adresse à Dieu en prenant de la distance vis-à-vis des manifestants : « Que vais-je faire de ce peuple ? »

Dieu donne un conseil : ne pas discuter avec la foule. Qu’il choisisse plusieurs des anciens du peuple et frappe le rocher avec le bâton qui a frappé l’eau du Nil pour la changer en sang. Dieu va montrer une fois de plus qu’il prend soin de son peuple.
On aurait compris qu’il conduise son peuple vers un puits où fasse surgir une source dans le sol sableux ou rocailleux. Faire sortir de l’eau d’un rocher ! Quelle idée !
*
Cette image du rocher qui devient une source, il faut la conserver pour aborder l’Evangile. On sait la haine tenace qui, depuis des générations, oppose Juifs et Samaritains.
Ce jour-là donc, Jésus est en Samarie et arrive avec ses apôtres près de la ville de Sykar. Dans ce pays hostile, la discrétion s’impose. Tandis que les apôtres vont ache-ter des provisions, Jésus fatigué va les attendre près du puits proche de la ville. Et là, il se trouve dans une situation cocasse. Il fait très chaud. Il a soif. Il est assis près d’un puits et il n’a rien pour puiser. Par chance, une femme arrive avec sa cruche. L’absence des apôtres va permettre une rencontre très personnelle.

Cette femme est la roche dure de l’Evangile. Héritière de la haine qui habite les relations entre Juifs et Samaritains, elle va devenir une source. Marginale, a-t-elle des relations dans son village, ce n’est pas sûr. Normalement, c’est le matin, avant la chaleur de midi, que les femmes viennent au puits. Si elle y vient à midi, quand elle est sûre d’être seule, c’est peut-être qu’elle est fatiguée d’entendre les réflexions qui circulent dans le village sur sa conduite. Sans doute séductrice, elle a déjà fatigué ou renvoyé cinq maris. Un sixième tente sa chance. Un tempérament !

Mais que fait donc cet homme seul, vite identifié comme juif, près du puits ? Pas question pour elle de prendre contact. C’est Jésus qui s’en charge en avouant sa soif. Dans cette situation, elle ne manque pas de manifester sa supériorité. C’est elle qui a la cruche ! La réponse est plutôt méprisante mais Jésus a la réplique. Il allume dans sa vie le désir d’une eau vive. Une eau vive, c’est une aubaine. Elle s’imagine alors dispensée de la corvée du puits.
Cet homme devient intéressant. Un cheminement commence. La Samaritaine sent que ce Juif est original. Il voit au-delà des frontières politiques et religieuses que les hommes ont établies. Il devine ce qui se passe dans les cœurs. Il parle de Dieu comme d’un Père… qui a soif de trouver de vrais adorateurs. Des bribes de catéchisme lui reviennent à la mémoire : « Je sais qu’il vient, le Messie (…) Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus se révèle. Il est ce Messie.

Le retour des apôtres interrompt l’entretien. Etonnés, ils ne posent pas de questions. La femme bouleversée oublie sa cruche, retourne au village et interpelle les gens. Sa parole est efficace. Ils viennent au puits.
Jésus était de passage, il va rester deux jours à Sykar. Une nouvelle ambiance est en train de naître dans le village : « Les gens disent à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous a dit que nous croyons ; nous-mêmes nous l’avons entendu et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Jésus a ouvert une source d’eau vive dans un cœur particulièrement récalcitrant.

Quelques remarques :
* Dans une situation de pauvreté, Jésus a une parole féconde. L’Eglise traverse des moments difficiles avec des moyens limités. Une parole est toujours possible.
* Il y a dans notre vie des zones où l’évangile pénètre facilement. Et il y a des zones de forte résistance, voire d’hostilité. En situation de faiblesse, Jésus s’attaque à la partie dure de notre vie, de notre intelligence, de notre cœur, de notre sensibilité. Notre rocher peut devenir une source branchée sur Jésus.
* Marginale, la Samaritaine est devenue une source, mais c’est la rencontre personnelle des gens avec Jésus qui a changé leur vie. Dans notre société, il y a des lieux d’abondance. On peut se nourrir, se former, se distraire et il y a des déserts : le désert rural, la solitude en ville. Sans cesse dans notre vie, nous allons vers des sources.
* Aller à l’Eucharistie du dimanche, est-ce seulement quelque chose qu’il faut faire ?
St Jean Chrysostome (évêque de Constantinople 345-407) dit ceci : « Comme une source, la table de l’autel est placée au milieu de l’église afin que, de toutes parts, les troupeaux des fidèles affluent à la source pour s’abreuver à ses flots qui nous sauvent. » (L.H. Lundi 2ème sem de Carême page 110)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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