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4e Dimanche de l’Avent A 22 décembre 2013

4ème Dimanche de l’Avent –A-

En pèlerinage à Lourdes, il y a quelques dizaines années, je me suis trouvé à table, à côté d’une dame âgée et handicapée : sa colonne vertébrale était déformée. Elle me dit son nom qui avait une sonorité inhabituelle et spontanément, elle me raconta ce qu’elle avait sur le cœur “Autrefois, à l’école, mes camarades de classe se mo-quaient souvent de ma bosse. Cela ne me gênait pas trop. Et puis, un jour, voilà qu’elles se moquent de mon nom. Je me disais : qu’elles se moquent de moi parce que je suis déformée, passe encore ! Mais si maintenant elles déforment mon nom, ça ne va plus !” Se moquer de son infirmité, c’était plaisanter sur une apparence. Se mo-quer de son nom la blessait dans sa personnalité la plus profonde.

- Détruire la personnalité, c’est ce que voulaient faire les nazis dans les camps de concentration, en remplaçant les noms par des numéros.
- Survaloriser le client, c’est ce que fait la publicité quand elle envoie des courriers personnalisés.
- Il arrive dans une réunion que chacun soit invité à se présenter. La plupart du temps, le nom est dit à mi-voix. Personne n’entend. Ou bien on veut éviter de se don-ner trop d’importance, ou bien on hésite à livrer quelque chose de son intimité.
- Quand les résultats du Bac son affichés, les candidats ne cherchent qu’une chose, leur nom. Quelques uns réussiront à « se faire un nom ».

Notre nom est ce que nous avons de plus précieux. Nous aimons qu’il soit bien pro-noncé et que l’orthographe soit respectée. Nous et notre nom, cela ne fait qu’un.
Nous n’avons pas choisi de vivre ; nous n’avons pas choisi notre nom. Nous avons reçu notre nom en même temps que notre vie et il faut faire avec. Notre nom dit de quelle famille nous sommes, et notre prénom qui nous sommes dans la famille.
Notre nom nous situe dans notre commune, dans la société.
Appeler quelqu’un par son nom, c’est le faire exister. Ne plus l’appeler, c’est le supprimer.
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Ces remarques nous introduisent dans un aspect du mystère de l’Incarnation : ce que fut la mission de Marie et celle de Joseph dans la venue du Fils de Dieu parmi nous.

Marie et Joseph étaient fiancés. En ce temps-là, les fiançailles avaient lieu au cours de l’adolescence ; elles étaient un élément du mariage mais il y avait un laps de temps entre les fiançailles et la vie commune.
C’est dans ce laps de temps que Dieu crée en Marie l’humanité de son fils.
Joseph est surpris de ce qui arrive à sa fiancée ; il est qualifié de juste parce que dans un premier temps, il ne veut pas revendiquer une paternité dont il n’est pas respon-sable et parce que, dans un deuxième temps, il accepte la mission que Dieu lui donne : donner un nom à l’enfant.

En donnant un corps à Jésus, Marie lui donne son être d’homme.
En lui donnant un nom, Joseph lui donne son être social.
Pour que l’enfant vienne au monde, il fallait le oui de Marie. Nous le savons bien.
Il fallait aussi le oui de Joseph ; nous le savons moins.
L’accord de Marie est dans le “oui” qu’elle dit à l’ange. Celui de Joseph, peu bavard, est un geste : “Il fit ce que l’Ange lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.”
Dans les deux cas, c’est de Dieu que vient l’initiative.

Joseph ne peut introduire dans la lignée du roi David un enfant sur lequel il n’a aucun droit. Il fait ici l’expérience d’une grande pauvreté en ne pouvant transmettre son nom. Mais après l’intervention de l’ange, il va devoir agir à l’égard de Jésus tout comme doit le faire un véritable père ; cet enfant ne peut exister sans lui.
Joseph fait ici l’expérience de la grâce de Dieu.

En accueillant l’enfant, Joseph le fait entrer dans l’histoire du peuple élu ; il lui donne un passé et un avenir. Il le fait entrer dans la tradition d’un peuple.
Bien situé socialement, il pourra intervenir dans le cours de l’histoire... ce qu’il ne manquera pas de faire !

Dieu intervient au cœur de notre histoire en suivant le fil de l’histoire. Il se confond avec elle et tout d’un coup il crée, sous nos yeux, un monde nouveau qui échappe à notre contrôle.
Devant la mission confiée à Joseph, les intellectuels et les savants peuvent bafouiller et quelquefois plaisanter pour camoufler leur embarras.
Les humbles, les petits, tous ceux qui sont disponibles devant l’imprévisible, respi-rent à l’aise.

Par l’Incarnation, Dieu se fait très proche de nous et pourtant il n’est pas un parte-naire avec qui on traite d’égal à égal. On ne met pas Dieu dans sa vie comme on met quelqu’un dans sa poche. Dieu, on l’accueille. Il ne vient jamais là où on l’attendait, de la manière qu’on avait prévue.
A chaque fois, il nous surprend. Encore aujourd’hui, c’est lui qui prend l’initiative de manifester sa présence. Dieu, on ne le convoque pas.

Joseph a eu à faire face à un destin singulier. A la limite, on peut l’admirer sans se sentir concerné, mais dans sa lettre aux Romains, Paul nous met en scène chacun a notre place : « Vous, les fidèles, qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint… »
Dieu ne laisse personne dans les coulisses de l’Histoire. La Parole de Dieu aujour-d’hui nous invite à vivre avec nos projets, tout en nous laissant conduire.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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