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5e Dimanche A

Homélie

St Paul arrivait à Corinthe en venant d’Athènes. Il s’était promené dans les rues de cette ville en interpellant les passants à propos des nombreuses statues d’idoles qui ne pouvaient pas passer inaperçues. Il avait profité de l’occasion pour annoncer Jésus et la résurrection (Ac. 17,18).
Troublés par ces jacasseries bizarres, les intellectuels de la ville l’avaient finalement convoqué pour en savoir plus sur ce qu’il racontait,

St Paul connaissait les artifices de la communication. Il avait entrepris de séduire son auditoire en lui servant la Bonne Nouvelle avec de belles phrases bien construites. Ayant mis toute son éloquence au service de la bonne cause, il avait de bonnes rai-sons d’espérer un bon résultat.

Légitimement, il avait voulu respecter un certain sens religieux de son auditoire, une certaine capacité d’accueil et de réflexion. Mais il s’était heurté de front à la suffi-sance qui parfois pollue la qualité de la réflexion.

Quand, dans son discours, il était arrivé à parler de la résurrection de Jésus, il n’avait récolté que quelques sourires narquois. « Sur ce sujet, nous t’écouterons une autre fois » Quelques personnes avaient été intéressées par les propos de Paul mais il n’y eut pas de communauté chrétienne à Athènes. Il n’y aura pas de lettre de St Paul aux Athéniens.
Toute pastorale connaît des échecs. Ils sont une chance quand on tire les leçons.

Donc, "En quittant Athènes, Paul se rendit ensuite à Corinthe." (Ac 18,1), une ville aux multiples visages. Dans sa lettre aux Corinthiens, il évoque ses souvenirs.
Pharisien de haute culture, il avait été humainement à l’aise devant l’auditoire d’A-thènes. A Corinthe, il se sentait moins sûr de lui. « C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je suis arrivé chez vous »

On peut comprendre qu’il est venu à Corinthe à reculons mais il est venu et là, il n’a pas pris la parole « avec le prestige du langage humain ou de la sagesse.
Il a dépouillé le message du clinquant de l’emballage littéraire. Son message est livré brut de décoffrage. Il a tout fait pour ne pas se mettre en valeur.
Il a expérimenté que la foi ne sera jamais l’aboutissement d’un raisonnement humain.

A Corinthe, il est venu annoncer « le mystère de Dieu », autrement dit ce que Dieu porte dans son cœur.
Révéler un mystère c’est mettre en lumière. L’intelligence humaine n’est pas détruite, elle est enrichie. Son regard sur le monde est éclairé.
Le projet de Dieu peut se résumer ainsi : faire alliance avec l’humanité. Il veut lui partager sa propre vie qui est amour. Pour cela, il a envoyé son Fils... qui fut rejeté par son peuple et crucifié par les Romains.
Paul n’escamote pas l’inattendu de l’événement : "Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus, Christ, ce Messie crucifié."
Nous sommes habitués à cette expression et instinctivement nous savons ajouter "crucifié et ressuscité".

Parler d’un Messie crucifié à des non-juifs, c’était les envoyer sur une autre planète. De quoi s’agit-il ?
Annoncer un Messie crucifié aux juifs qui résidaient à Corinthe était une amère plai-santerie. Au fil des siècles, les juifs ont attendu un Messie porteur de la puissance de Dieu qui leur ferait dominer le monde.

Ce rêve ne se réalisant pas, ils ont été conduits par les événements à réduire leurs ambitions. Le Messie devait au moins protéger le Temple contre les envahisseurs chaldéens. Le Temple ayant été détruit et le peuple emmené en exil, il devait les ramener sur leur Terre Promise de l’exil, ce qui fut fait. Mais pour l’instant, le Messie attendu doit les débarrasser des Romains. Or les Romains se sont débarrassés de Jésus.

Paul leur présente Jésus, un Messie crucifié. Et il est écouté ! Comment comprendre ?
Ces non-juifs et ces juifs avaient un point commun. C’était des petites gens ex-ploitées et surtout des esclaves condamnés au silence, méprisés par des maîtres qui avaient sur eux droit de vie et de mort. Le mépris de l’homme est universel.

Tous ces gens humiliés se reconnaissaient dans cet homme que Paul leur présentait, un homme bon, proche des pauvres et des malades, un homme battu, humilié, si-lencieux et mis à mort d’une façon qu’il ne méritait pas et qu’eux-mêmes pouvaient redouter. Et ça leur faisait du bien d’entendre que ce Jésus crucifié était Christ, c’est à dire proche de Dieu, élu de Dieu, Seigneur.

Ce Jésus était un compagnon de misère. Ils pouvaient jeter dans ses plaies et ses humiliations leurs propres plaies et leurs propres humiliations. Finalement, ce Messie leur donnait une place dans l’histoire du monde. Une place douloureuse, mais une place. Leur vie pouvait avoir un sens.
*
Saint Paul a donc livré son message sans effets oratoires : "Mon langage, ma pro-clamation de l’évangile n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre."
Paul n’a pas oublié qu’il s’adresse à une communauté divisée par la cote des prédi-cateurs. "Que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes mais sur la puis-sance de Dieu." C’est Dieu, et lui seul, qui ouvre les cœurs à son message.
*
On ne peut pas éviter d’employer des moyens humains pour annoncer l’évangile. Que l’expérience de Paul à Athènes et à Corinthe nous enracine dans cette conviction :
Il a besoin de nous pour faire son travail.
Plus le serviteur se fait discret, plus Dieu a la voie libre pour pénétrer les cœurs.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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