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5e dimanche de carême C- Phil 3, 8-14

2ième lecture : Philippiens 3/8-14

8 Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. A cause de lui j’ai tout perdu et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ,
9 et d’être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi.
10 Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort,
11 afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts.
12 Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois déjà devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir, parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus Christ. 13 Frères, je n’estime pas l’avoir déjà saisi. Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant,
14 je m’élance vers le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ.

A propos de cette lecture :

La communauté de Philippe est chère au cœur de Paul. Elle lui a, en effet, envoyé du secours par l’intermédiaire d’Epaphrodite. Paul lui confie cette lettre dans laquelle il réagit contre un mouvement hérétique qui tente de faire échouer la communauté, de la faire éclater et se donner bonne conscience en se conformant aux observances purement légales. Il les met en garde dès le chapitre trois : « prenez garde aux mauvais ouvriers, aux faux circoncis » v2, à ceux qui se prévalent de leur qualifications humaines, de leurs prétendus mérites, à celui qui pense se confier dans la chair », pour imposer aux autres leurs pratiques cultuelles.

Paul applique à sa vie ce qu’annonce Isaïe dans la première lecture : le passé est passé et il ne veut plus en entendre parler. Il a certainement raison lui qui est juif méritant, observant et observateur scrupuleux des prescriptions de la loi, homme irréprochable estimé dans la société religieuse de son temps. Il y a des responsabilités. Cette perfection, ses mérites et les avantages qu’il en tirait, voilà que Paul considère tout cela comme de la balayure, comme des déchets, voire un désavantage à cause du Christ. Tout ses avantages sont disqualifiés, passent en second, voir même, ne sont rien au regard de la connaissance du Christ « ce bien suprême ». Pour ce trésor Paul a tout sacrifié et il en vient à énumérer au v 3-5 ce qui lui est devenu « immondice » au regard de Jésus-Christ et de la connaissance qu’il a de lui : « à cause de lui j’ai tout sacrifié »v8b

_ La connaissance de Jésus-Christ, le choix qu ’il a fait de sa personne, le comble et dépasse toute richesse humaine.
Dès le début de la Lettre aux chrétiens de Philippe, Paul s’écrie : « ma vie, c’est le Christ ». Sa découverte de chrétien c’est que ni son salut ni son autorité ne trouvent leur source en lui-même. Le piège qu’il veut éviter est de se fier en lui plutôt que de croire en Christ. C’est pourquoi il essaie de balayer le ‘moi-je’ qui faisait sa fierté et dont il parle au v 5.- comme on le fait des ordures qui encombrent la chaussée.
Ses avantages ? Il avait la Loi comme guide, il lui suffisait de la suivre scrupuleusement. L’observance lui donnait une sécurité qui permettait de juger, voire de condamner.

Paul se rend compte que la loi ne lui a pas permis d’entrer dans le mystère de Dieu ni d’accéder à la justification. C’est illusion que de s’appuyer sur l’observance pour obtenir le salut.
Le salut est autre chose que le fruit d’une observance et le résultat d’efforts permanents.
Ce qui est au centre du changement de valeur qui est opéré en Paul c’est sa rencontre avec le Christ. Comme tous les hommes de son temps, Paul avait établi une échelle de valeur et sa rencontre avec le Christ la fait voler en éclats. Qu’est-ce que cette connaissance du Christ a de spécial pour un semblable volte face ?
La connaissance de Jésus-christ n’est pas le fruit d’une démarche intellectuelle ni d’une recherche intellectuelle quelconque, ni de pratiques rituelles mais d’une rencontre personnelle. Paul base sa foi sur une rencontre personnelle avec le Ressuscité : « le connaître et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances en me rendant conforme à sa mort »

C’est sa foi au Christ qui le rend juste aux yeux de Dieu : « la justice par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi »v9
Une connaissance qui est devenue communion avec le Ressuscité, vivant dans sa chair la passion du Christ, communiant à ses souffrances, « en me rendant conforme à sa mort ».
La connaissance dont parle Paul est cette passion amoureuse qu’il vit pour le Christ qui lui-même vit en lui et pour lui.
Cette passion de Dieu qui le brûle n’a pas encore atteint son but ultime, sa perfection en lui et, pour exprimer ce qu’il vit intensément, Paul prend l’image du coureur du stade qui se précipite, se projette en avant pour obtenir le trophée final.

La course de fond est parabole de la vie chrétienne non pas tant parce qu’on y court car il arrive qu’on y marche et même qu’on y rampe mais parce que le but est loin.
Le danger est grand de s’appuyer sur ce que l’on fait. Ce qui nous relie à Dieu ce n’est pas ce que nous faisons pour lui, mais la découverte de ce que Dieu fait pour moi, pour son peuple, pour les hommes. C’est là la découverte de Paul.

Pour Paul la connaissance du Christ est une relation personnelle, fruit de la rencontre sur le chemin de Damas, de cet événement où il s’est laissé rencontrer sans fuir. Sans doute était-il coincé – terrassé et aveugle- mais à sa question : « qui es-tu Seigneur ? » il lui fut répondu : « je suis celui que tu persécutes ». Il ne s’attendait pas à une telle réponse. Une rencontre inattendue dans son combat contre les chrétiens. Là, il a connu le Christ, là sa foi prend toute sa valeur et profondeur, là a commencé son nouveau combat, sa nouvelle course.
Placer sa confiance en Christ seul est pour Paul le dynamisme pascal qui l’anime.

_ Dans la vie chrétienne, le but n’est jamais atteint. Paul se bat contre les chrétiens qui croient avoir atteint le but, les chrétiens « arrivés ». Ils se croient déjà au Royaume ceux que Paul, ironiquement, appelle « les parfaits ». Le coureur ne peut pas se regarder courir ni photographier sa foulée. Le croyant ne peut pas se regarder croire. S’il veut savoir s’il croit, il ressemble au coureur qui s’arrêterait pour voir s’il court ! « Oubliant tout ce qui est derrière », dit l’Apôtre.
Alors, Paul sourit ! Si vous tenez absolument à vous appeler parfaits, faites-le mais n’arrêtez pas de courir pour autant. On n’atteindra jamais le but si l’on reste au bord de la piste !

A quinze jours de la Grande Semaine, posons-nous la question : notre attention est-elle tournée vers le passé dans la satisfaction des réussites d’autrefois ou dans le regret d’échecs éventuels ? Regardons-nous avec lucidité et courage le chemin qu’il nous reste à parcourir pour appartenir totalement au Christ ?

L’espérance nous rappelle que nous ne sommes pas encore arrivés, car notre but c’est le Christ qui, sans cesse, nous attire toujours plus profondément dans le mystère de la communion avec lui.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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