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Dimanche de Pâques A

Actes 10, 34...43 1 Corinthiens 5-8 Matthieu 28, 1-8

A Jérusalem, en ce matin du premier jour de la semaine, le monde des Officiels est rassuré. La veille du sabbat, ils ont obtenu de Pilate la mort sur la croix d’un charpentier de Nazareth qui se prétendait Fils de Dieu. Quand il leur est revenu à la mémoire que ce charpentier avait dit que trois jours après sa mort, il ressusciterait, ils ont obtenu aussi de Pilate d’organiser une garde. Il ne faudrait pas que des partisans enlèvent le corps et lancent d’idée d’une résurrection. On n’est jamais trop prudent.
Après l’exécution du vendredi, les célébrations de la Pâque se sont déroulées comme prévu. Les Officiels ont maîtrisé la situation. Les esprits vont s’apaiser.

En ce matin du premier jour de la semaine, le récit de l’Evangile nous présente une femme, Marie et deux hommes, Pierre et l’autre disciple.
* Que dire de Marie ? On ne sait rien de sa famille. Elle habite Magdala à 5 km de Tibériade, un centre économique important. Cette Marie de Magdala, connue sous le nom de Marie-Madeleine, avait une activité particulière : dans la région, elle était la pécheresse très courtisée et très méprisée. Sans doute souffrait-elle de cette situation qui la tenait prisonnière. Jésus, qui est dur pour ceux qui se vantent d’être impeccables devant la Loi, est accueillant envers ceux qui lui présentent leurs misères. Jésus eut avec Marie-Madeleine une proximité respectueuse. Elle se découvrit aimée pour elle-même. Elle suivit Jésus jusqu’au pied de la croix !

Comment a-t-elle vécue la Pâque juive, on ne sait. Au matin du premier jour de la semaine, elle est comme dans la nuit. Pour vivre, il ne lui reste comme repère qu’un tombeau. Alors que c’est encore les ténèbres, elle y va simplement pour être quelque part. Dès qu’elle l’aperçoit, elle constate qu’il est ouvert. Premier réflexe : le corps a été enlevé. Panique ! Le récit ne mentionne pas la présence des gardes. Sans doute sont-ils partis faire leur rapport aux Autorités. Il n’y a personne pour la renseigner. Deuxième réflexe : avertir Pierre et celui que le texte appelle l’autre disciple.
* Que dire de Pierre ? Professionnel de la pêche sur le lac de Tibériade, il est inséré dans la société de son temps. Appelé par Jésus, il devient un disciple, mais un disciple qui réagit et donne son avis. Il claironne sa fidélité mais quand Jésus est arrêté, il le suit à distance avant de le renier. La mort de Jésus sur une croix défait tout l’imaginaire qu’il avait construit. Il plastronnait. Le voilà anéanti. Averti par Marie-Madeleine, il court vers le tombeau avec l’autre disciple. En y entrant, il voit que le corps n’est plus là, mais il reste les linges mortuaires bien rangés. Il ne peut dire un mot.
* Que dire de l’autre disciple ? On suppose qu’il s’agit de Jean lui-même. Avec son frère Jacques, il est le fils de Mme Zébédée qui a pressenti que ce Jésus avait de l’avenir. Elle lui a présenté ses deux fils. Plus jeune que Pierre, Jean arrive le premier au tombeau mais il entre après lui. Il fait le même constat que Pierre : « Il vit et il crut. »
En résumé, Marie de Magdala ne savait pas où on avait mis le Seigneur et les deux disciples ne savaient pas que, selon les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Résurrection ! Ils avaient entendu ce mot mais il avait simplement glissé dans leur tête.
*
Dans notre culture chrétienne, le jour de Pâques est le jour des Alléluia et des trompettes qui sonnent la victoire. Or l’évangile de ce jour étonne par sa discrétion et l’étroitesse de l’espace où l’événement se déroule, un tombeau. Ce mot revient sept fois dans le récit. Voilà un tombeau ouvert qui bouche l’horizon !

Quelques remarques :
Jésus donne le premier indice de sa Résurrection à Marie de Magdala, une femme au passé douteux, encore marginalisée, à Pierre, un homme sûr de sa fidélité qui s’est effondré et patauge dans la honte. Quant à Jean, il s’est enfui comme les autres au moment de l’arrestation de Jésus mais il était là au pied de la croix. Dans la cavité du tombeau, il n’en reste pas aux apparences.
L’autre disciple ! On suppose qu’il s’agit de Jean. Il est possible aussi que le texte nous invite personnellement à être cet autre disciple qui constate le vide et croit.

Comment réagir devant une situation qu’on ne maitrise pas ? Marie-Madeleine et Pierre fonctionnent avec ce qu’on appelle leur quotient intellectuel, autrement dit leur capacité d’analyser une situation, l’autre disciple ajoute l’intelligence du cœur. On peut juger d’une situation en mettant en présence et en balance le pour et le contre mais il y a ce qu’on appelle le coup de cœur qui entraine l’adhésion.
Pour l’autre disciple, comme pour Marie-Madeleine et Pierre, le tombeau est vide, les linges mortuaires sont bien rangés. La thèse de l’enlèvement ne tient pas. Jésus est vivant. Il n’a pas les mots pour le dire mais sa conviction est faite.
Chacun a son quotient intellectuel. Chacun a une intelligence du cœur. La Résurrection est une manifestation de la Miséricorde de Dieu, un don gratuit à notre humanité pour la sortir de ses ornières. Vers quoi notre cœur est-il orienté ? Auprès de qui ou de quoi cherchons-nous la vie, la sécurité ? Acceptons-nous de prendre des risques ?

Ce premier dimanche de Pâque est en même temps décisif et très modeste. Au cours des dimanches à venir, Jésus se manifestera aux disciples qu’il a choisis et nous dé-couvrirons les réactions des uns et des autres, leur adhésion et leurs réticences. Et nous pourrons nous interroger sur l’orientation de notre cœur.
Ayant pris conscience du vrai de notre vie, que l’Esprit Saint fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie. (Oraison du jour)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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