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Dimanche des Rameaux - Philippiens 2, 6-11

Philippiens 2:5-11
5 Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : 6 lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. 7 Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, 8 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. 9 C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, 10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11 et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2, 1-12

Ce texte proposé à notre méditation aujourd’hui revêt un caractère tout spécial : il donne le ton à notre entrée dans la grande semaine de la Passion.
Il importera beaucoup durant cette semaine de nous laisser interpeller par le mémorial que nous allons célébrer. En rester au raisonnement nous laissera nécessairement à l’extérieur du mystère et ne nous permettra pas de faire le lien avec notre vie.
La lecture de ce jour commence à partir du verset 6, mais il est bon de situer le contexte dans lequel Paul l’a écrit et comment « entrer » dans les sentiments qui étaient ceux du Christ.
Pour exhorter les chrétiens à l’amour, à l’exemple du Christ humble, Paul cite un cantique ancien des premières générations chrétiennes, un cantique qui chante admirablement bien
l’unique mystère pascal de Jésus en ses deux versants inséparables : l’abaissement jusqu’à la mort et l’exaltation à la droite de Dieu.

Ce que Christ a vécu, ensuite Paul et tant d’autres, nous allons le retrouver dans notre vie et il faudra comme eux faire face dans la foi avec la même espérance et assurance.
Il est intéressant de se rappeler qu’au moment où Paul écrit, il est dans les liens, en prison soit à Ephèse soit à Rome.
Si ce qui arrive à Paul donne confiance à la plupart des frères qui redoublent de hardiesse pour proclamer la Bonne Nouvelle, Paul constate, par contre, que d’autres proclament le Christ par envie et querelles, par esprit de dispute et pour des motifs qui ne sont pas purs. Ces derniers provoquent ainsi des tensions dans la communauté.
Tel est le point de départ de cette lettre.
Il s’agit donc pour Paul d’un appel à tenir bon dans un même esprit, à vivre humblement dans l’amour sans se laisser perturber en rien par des saboteurs. C’est cela aussi espérer !
Il commence par exhorter à demeurer unis pour présenter un solide milieu de croyants.
Il insiste sur la concorde et l’unité intérieure, suppliant de pratiquer ces vertus. C’est dire l’importance que Paul apporte à l’unité de la communauté.
Ensuite il présente l’abaissement du Christ qui descend du monde de Dieu pour assumer la destinée humaine jusqu’à la mort sur la croix.
Enfin, il parle de l’exaltation et de l’établissement du Kyrios : la réponse de Dieu à l’humiliation de son Fils, son ascension dans la gloire.


v1-4 Vivez dans l’unité

L’appel de Paul est pressant, il conjure, il demande avec insistance car il s’agit du salut causé par le Christ.
Son exhortation va trouver sa source non dans une sagesse quelconque, ni une philosophie mais dans le Christ, dans le salut qu’il opère.
La communion entre les croyants ne vient pas, de l’apôtre qui est loin et ne peut être avec eux pour leur parler, mais leur communion vient de l’Esprit du Christ lui-même. L‘amour et la compassion qui sont les caractéristiques des chrétiens : leur amour est un amour divin, et la compassion est divine ; l’un et l’autre s’expriment dans leur relation fraternelle.
Or dans la communauté de Philippe il y a des rivalités de personnes, donc des manques de charité.
La joie de Paul ne viendra de nulle part d’autre que de savoir la communauté fortement établie dans la foi et la charité.
La ruine d’une communauté c’est l’esprit de parti, la vaine gloire, la complaisance en soi, l’ambition.
Le seul remède pour lutter contre ces dérèglements, c’est que chacun estime son prochain plus qui lui-même. C’est cela l’humilité : estimer les autres plus grands que nous-mêmes. Cela suppose un regard autre, celui du Christ sur Matthieu, sur la femme adultère, il ne s’attache pas à leur péché, à leur pauvreté mais son regard porte plus loin, jusqu’à l’origine de la personne, à ce qu’elle est en réalité : enfant de Dieu.
Le fondement de cette humilité réside dans le fait que Dieu ne fait pas acception des personnes, au contraire il choisit justement ce qui est bas, méprisé par les hommes pour confondre les orgueilleux et les superbes. Dieu lui-même a pris cette condition de bassesse : celle de l’esclave condamné à mort sans motif valable, victime de la vindicte populaire.
L’humilité qui se comprend ainsi va se traduire dans une prévenance mutuelle, dans le souci aimant les uns pour les autres.
C’est la base de » la vie commune.

v.5 Notre marche sur les chemins du Seigneur n’a rien de convenu. Ce qui dirige la vie chrétienne est bien la communion intime avec le Christ et avoir entre nous les sentiments qui conviennent à des chrétiens. « Ayez-en vous les sentiments qu’on doit avoir dans le Christ Jésus » puisque ceux-ci sont définis par le destin du Christ, par la relation que nous avons avec Christ ; et non pas comme on traduisait avant « ayez entre-vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus ». Toute notre vie va dépendre et être influencée par la relation que nous avons avec le Christ. De l’intimité que nous aurons avec lui dépendra toute notre vie : elle en sera comme illuminée, insufflée.
v.6.7 L’abaissement du Christ : « bien que de condition divine, il n’a pas revendiqué (n’a pas tenu pour une proie) son égalité avec Dieu, au contraire, il s’est dépouillé en prenant la condition d’esclave »
L’origine du Christ est en Dieu : il quitte son état divin, échange son être divin contre un état d’esclave : une transformation complète et donc une distance incommensurable : personne ne peut faire ce passage.

Je pense qu’on peut aller plus loin dans la compréhension : il ne faut pas comprendre que le Christ accepte de « perdre » quelque chose en devenant homme, mais bien au contraire parce qu’étant Dieu, s’accrochant à son identité avec Dieu, Jésus s’est fait serviteur souffrant, juste persécuté, amour humilié et dépouillé. Il révèle ainsi qui est vraiment Dieu et comment il est Dieu.
L’incarnation est un dépouillement total. Le Christ en s’engageant dans cette condition d’esclave s’est solidarisé totalement avec les hommes ce qu’exprime le mot
« semblablement ».
C’est là la chance de l’histoire des hommes : Dieu est venu nous rejoindre pour être tout proche de nous et nous ouvrir la route vers lui.
Il s’est humilié encore plus : la seconde étape de l’abaissement c’est la mort, le point ultime de l’abaissement qui commence par le dépouillement.
En vérité Dieu est crucifié sur le monde, comme Jésus est crucifié sur la croix.
Cet amour crucifié est rempli d’espoir, de certitude, de fierté et de joie.
Il a vécu l’obéissance. Cette obéissance du Christ a une répercussion sur la communauté, elle a valu aux chrétiens d’être introduits dans l’intimité de Dieu, dans le Seigneurie du Christ, value, gagnée grâce à l’obéissance du Christ. Nous pouvons trouver en elle le sens de notre obéissance monastique…
Paul alors pose la question : alors comment peuvent-ils encore se déchirer dans le manque d’amour, dans la désobéissance ?
La mort du Christ, le salut, c’est une mort pour nous afin de nous sortir de la division et de l’impasse dans laquelle le diviseur tente de nous faire entrer.

v.9.10.11 La mort du Christ n’est pas une impasse, elle s’épanouit dans la réponse de Dieu en couronnant le Christ, en le sur- exaltant.
Le nom est l’expression de l’être, il le fait connaître de manière exacte.
Acclamation de tous les êtres qui sont au ciel et sur terre et dans les enfers.
Le Christ est le centre dans lequel la réalité et l’histoire du monde trouvent leur sens.
Ce triomphe du Christ sur les puissances cosmiques reste pour l’instant caché à l’ensemble des hommes.
Nous savons, nous communauté chrétienne, qu’il est établi « Kyrios » et qu’avec lui nous sommes tendus dans l’attente du jour où sa royauté s’imposera à tout l’univers.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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