Hébreux 10, 11...18

2ième lecture : Hébreux 10/11-14.18

11.Et tandis que chaque prêtre se tient chaque jour debout pour remplir ses fonctions et offre fréquemment les mêmes sacrifices, qui sont à jamais incapables d’enlever les péchés, 12 lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu
13 et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied.
14 Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie. […]
18 Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché.
[19 Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus.
20Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité.
21 Et nous avons un prêtre éminent établi sur la maison de Dieu.
22 Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d’une eau pure ;
23 sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
24 Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes.
25 Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour.]

A propos de cette lecture :

Terminant cette année liturgique, nous terminons également la lecture de la Lettre aux Hébreux. Le passage d’aujourd’hui note encore le caractère unique du sacerdoce du Christ et de son sacrifice qui constituent un acte décisif dans l’histoire du monde, et simplifient radicalement la situation religieuse des hommes.
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On pourrait écrire cette lettre aux Hébreux en deux colonnes : d’un côté ce que se passait dans la première alliance et de l’autre ce qu’on pourrait appeler le « nouveau régime » avec Jésus-Christ. Dans le passage d’aujourd’hui l’auteur compare la liturgie dans le temple et les sacrifices.

« Dans l’ancienne Alliance
Les prêtres étaient debout dans le temple
Pour célébrer une liturgie quotidienne
Et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices
Qui n’ont jamais pu enlever les péchés

Au contraire

Jésus-Christ s’est assis à la droite de Dieu
pour toujours
après avoir offert un unique" sacrifice pour les péchés
Cette fois les péchés ont été enlevés :
" il a mené à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté »

v11 : Constat : les très nombreux sacrifices sont dans l’impossibilité radicale d’enlever les péchés.
V12 : Au contraire, l’unique sacrifice du Christ est offert et efficace pour enlever les péchés. Le Christ est assis pour toujours à la droite de Dieu.

_Tout le texte est bâti sur un contraste : d’une part « tout prêtre » et d’autre part « l’unique grand prêtre ». Tout prêtre est « debout » et Christ est « assis ». « Le contraste des positions est déjà significatif…la station debout correspond à une activité en cours ; la position assise marque la fin de cette activité ». Van Hoye
Après son unique sacrifice, Christ peut désormais rester assis parce que son unique sacrifice a obtenu ce qu’on en attendait : la suppression des péchés.

Le mot « assis à la droite de Dieu » était un titre royal : si on regarde vers l’Est, le palais royal à Jérusalem était réellement à droite du Temple, ce qui veut dire que le trône du roi était à droite de ce que qu’on pourrait appeler le trône de Dieu.
Littéralement le jour de son sacre le roi s’asseyait à la droite de Dieu. Du coup on voit ce que veut dire « Jésus-Christ s’est assis pour toujours, à perpétuité à la droite de Dieu », = c’est affirmer tout simplement que Jésus est bien le roi messie qu’on attendait. Sa mission accomplie une fois pour toute se poursuit dans l’éternité puisqu’il est assis à la droite de Dieu.

V 13 : « il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds »= citation du ps 109-110 « Dieu dit au nouveau roi le jour de son sacre : « siège à ma droite que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds ». L’auteur nous dit de manière imagée que Jésus-Christ est bien le Messie, le roi éternel, et que désormais l’ancien monde est révolu. Son œuvre, une fois accomplie, doit encore se réaliser auprès des hommes, et se manifester dans la lutte effective contre toutes les formes de mal.

L’auteur souligne aussi le contraste entre la multiplicité des sacrifices, l’abondance des bêtes signe d’une impuissance fondamentale et l’unicité du sacrifice du Christ qui s’explique par son efficacité. La multiplicité des sacrifices et l’abondance des victimes disent que le but n’est jamais atteint ; les sacrifices n’ont pas libéré les consciences, ni enlevé les péchés.

V 14 : Par contre, l’unicité du sacrifice du Christ dit son efficacité. « Le Christ a rendu parfait ceux qui sont en train de devenir saints », en vue de les rendre dignes d’entrer en relation avec Dieu.
Vu du côté du Christ, son action sur les hommes est présentée comme achevée. « Le Christ a rendu parfait ceux qui sont en train de devenir saints ». = ; le sacrifice du Christ réconcilie définitivement l’humanité avec Dieu. Mais vu du côté des hommes, l’action du Christ paraît en cours de réalisation. Ils sont en train de recevoir la sanctification.
« Le secret de cette efficacité n’est pas révélé dans les versets qui nous occupent…l’auteur développe ce sujet en d’autres passages où il y montre que le culte ancien souffrait d’une incurable extériorité, alors que le sacrifice personnel du Christ a saisi l’homme tout entier, jusqu’au plus intime de lui-même »Van Hoye- Assemb du Sgr 64 pe 45

_ C’est toute la tension caractéristique de la foi chrétienne, tension entre le « déjà » et le « pas encore ». L’événement décisif est déjà arrivé. La victoire du Christ n’est pas à attendre, mais le résultat acquis n’a pas encore déployé toutes ses virtualités.

L’attitude des prêtres de l’Ancien Testament est complètement autre que celle du nouveau prêtre Jésus-Christ : le mot « sacrifice » reste le même mais la réalité est complètement différente.
Dans l’Ancien Testament on fonctionnait selon une logique de compensation : j’ai manqué à la loi, je me fais pardonner en apportant une compensation. En réfléchissant bien on constate que cette logique – qui nous menace sans cesse dans notre vie de foi- est totalement étrangère au Dieu qui n’est qu’amour et tendresse et que l’on a peu à peu découvert au long des siècles et que Jésus nous révèle de façon unique.
La logique de Jésus est celle de l’amour et c’est en cela que c’est tout différent et que nous avons du mal à entrer dans le vrai sens du sacrifice du Christ : il y a toujours en nous l’image de nos « compensations » .

Pour lui sacrifier ne signifie pas détruire, tuer un ou mille animaux, mais vivre dans l’amour et faire vivre ses frères. « je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » Jn10,10

Le Père Marie-Eugène commentant la petite Thérèse dit à son sujet : « n’est-il pas insolite d’entendre dire qu’aimer Dieu, ce n’est pas lui donner quelque chose, mais comprendre toute la tendresse de son Amour infini et se livrer à lui sans réserve pour qu’il puisse nous combler de cet Amour débordant ? »

L’auteur en tire une conséquence : « ne désertez pas vos assemblées comme certains en ont pris l’habitude ». L’abandon des assemblées ne date pas d’aujourd’hui.
Plutôt que de déserter, n’aurions-nous pas à nous stimuler à l’amour fraternel et à nous encourager mutuellement pour faire face à tout ce qui déconcerte aujourd’hui notre foi ?

Le lectionnaire, malencontreusement, ne retient pas la lecture des versets 19 à 25 décrivant les conséquences immédiates qui découlent de cette vision de foi et d’espérance : la sincérité de la conversion du cœur ; la persévérance dans la foi, la communion fraternelle et l’émulation dans l’amour ; l’assiduité aux assemblées chrétiennes ; l’encouragement mutuel en vue de faire face à l’imminence de l’avènement du Seigneur. Il revient ainsi à chacune et chacun de laisser le Christ accomplir, parachever la Communauté des croyants, qu’il a inaugurée en lui pour nous.

La conversion qui nous est proposée est double :
1. sortir d’une logique de compensation,
2. mettre toutes nos vie au service des autres,
Voilà sans doute notre sacrifice d’amour qui consiste non pas dans des choses à faire mais tout simplement entrer dans le sacrifice d’amour de celui qui a fait de toute sa vie un véritable sacrifice d’amour à son Père. Ainsi chacun de nos actes, chacune de nos actions, chacun de nos silences, chaque parole seront des actes d’amour unis au sacrifice d’amour du Christ.
C’est ainsi que nous laisserons au Christ le soin d’achever la communauté-Eglise qu’il a inaugurée pour nous et dont notre communauté est membre pour sa part.

P.S On pourrait terminer en lisant les versets 9-10 qui reprennent en quoi a consisté le sacrifice du Christ : « voici je viens faire ta volonté ». L’offrande du Christ s’accomplit dans son geste de remise toute entière à la volonté de son Père. C’est à ce point que nous pouvons le rejoindre dans son offrande.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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