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L’avènement actuel et familier du Christ de Guerric d’Igny

BIENHEUREUX GUERRIC

L’avènement actuel et familier du Christ

Élu abbé d’Igny (diocèse de Reims) en 1138, le bienheureux Guerric .°.’ (1078 ?1157), ancien écolâtre de la cathédrale de Tournai, était entré en 1125 à Clairvaux, entraîné par saint Bernard. Parmi les disciples de ce dernier, Guerric est peut ?être le plus proche du maître par sa manière d’intérioriser les mystères du Christ dans une relation personnelle avec Jésus, qui annonce la devotio moderna tout en restant dans le prolongement de la grande tradition patristique. Moins original sans doute que la plupart des auteurs cisterciens, il nous semble plus accessible ; les 54 sermons sur l’année liturgique que nous possédons de lui reflètent avec simplicité la ferveur qui animait les premières communautés de l’ordre de Cîteaux.

Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez, disait notre Seigneur à ses disciples ; car, je le dis, beaucoup de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu (Lc 10,23 ?24). Abraham, notre père, a exulté à la pensée de voir le jour du Christ, il l’a vu, mais de loin, et il s’est réjoui (cf. Jn 8,56). Nous attendons l’anniversaire de la naissance du Christ ; et selon la promesse du Seigneur, nous le verrons bientôt.

L’Écriture exige de nous une joie telle que notre esprit, s’élevant au ?dessus de lui ?même, bondisse en quelque sorte à la rencontre du Seigneur et se plonge dans l’avenir avec une ardeur impatiente, pour devancer le Christ et le contempler Qu’il en soit donc ainsi pour vous, mes frères, et qu’avant même son avènement, le Seigneur vienne à vous. Qu’avant d’apparaître au monde entier il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : je ne vous laisserai pas orphelins ; je m’en vais, mais je vous reviendrai (Jn 14,18). Il y a en vérité, selon le mérite et la ferveur de chacun, un avènement du Seigneur fréquent et familier qui, en cette période intermédiaire entre son premier et son dernier avènement, nous modèle sur l’un et nous prépare à l’autre.

Si le Seigneur vient à nous maintenant, c’est pour que sa première venue parmi nous ne soit pas inutile et que la dernière ne doive pas être celle de la colère. Par son avènement actuel, en effet, il travaille à réformer notre orgueil à l’image de sa première venue dans l’humilité, pour refaçonner ensuite notre humble corps à l’image du corps glorifié qu’il nous montrera lors de son retour. C’est pourquoi il nous faut appeler de tous nos vœux et demander avec ferveur cet avènement familier qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier. Car Dieu aime la miséricorde et la vérité, et le Seigneur donnera la grâce et la gloire (Ps. 83,12). Dans sa miséricorde, il nous donne la grâce et, dans sa vérité, il nous rendra la gloire.
Cet avènement spirituel, situé entre les deux avènements corporels du Christ, tient à la fois de l’un et de l’autre, et cela non seulement à cause du temps où il a lieu, mais parce qu’il leur ressemble réellement. Le premier fut humble et caché, le dernier sera éclatant et magnifique ; celui dont nous parlons est caché, mais il est également magnifique. Je le dis caché, non qu’il soit ignoré de celui pour qui il a lieu, mais parce qu’il advient secrètement en lui... Il arrive sans être vu et il s’éloigne sans qu’on s’en aperçoive. A elle seule, sa présence est lumière de l’âme et de l’esprit : en elle on voit l’invisible et on connaît l’inconnaissable.
D’autre part, cet avènement du Seigneur si caché qu’il soit, jette l’âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration. Alors, du tréfonds de l’homme, jaillit ce cri : Seigneur, qui est semblable à toi ? (Ps. 34,10). Ceux ?là le savent qui en ont fait l’expérience, et plaise à Dieu que ceux qui ne l’ont pas faite en éprouvent le désir !
* 2e Sermon pour l’Avent, 2 ?4 : PL 185, 15 ?17.
„Lectures chrétiennes pour notre temps" : © 1970 Abbaye d’Orval, Belg.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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