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La Toussaint

Toussaint
Apoc. 7, 2-4, 9-14 1 Jn 3, 1-3 Mat. 5, 1-12

Nous vivons dans le banal. Le banal, c’est le quotidien de tout le monde et le quotidien est tellement banal qu’on ne le voit plus alors qu’il impose sa loi et dicte nos comportements.
Les progrès de la technologie nous invitent à une perpétuelle adaptation. Les nouveautés mises sur le marché veulent nous apporter davantage de liberté, de sécurité et d’agréments. Elle veulent nous apporter le bonheur en nous rendant la vie plus facile. Qui refuserait cela ?

Tous ces produits, présentés par les spécialistes de la publicité, deviennent désirables et donc indispensables. Encore faut-il se conformer aux obligations de la notice qui accompagne le produit. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes.
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En parcourant les Béatitudes, je me suis demandé si nous n’avions pas là une notice qui, elle aussi, prétend nous rendre heureux.
« Heureux les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui souffrent injustement. »
A première vue, nous sommes pris à contre-pieds. Avec de telles perspectives, comment l’auteur des Béatitudes, peut-il espérer retenir notre attention ?
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Tous les produits que la publicité nous propose ont été testés, vérifiés, contrôlés avant d’être lancés sur le marché.
Les Béatitudes aussi ont été testées, vérifiées, contrôlées avant d’être mises à la disposition de quiconque veut bien les prendre au sérieux. Et pourtant, elles ne sont pas sur le marché. Elles ne sont pas à vendre.

Les Béatitudes sont d’abord le portrait de Jésus. Elles sont le constat d’une expérience vécue par lui, à vivre par nous.
Jésus a vécu les Béatitudes. Après les avoir expérimentées, il nous les propose pour que nous partagions son bonheur.
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Chaque génération respire l’air de son temps. Des historiens se consacrent à l’étude de l’histoire des mentalités. De chaque époque, on peut dire qu’elle était imprégnée de quelques idées dominantes qui devenaient à la mode.

Les Béatitudes n’ont jamais été et n’entreront jamais dans la catégorie des idées dominantes. Elles ne seront jamais à la mode. Elles prendront toujours le contre-pied de ce qui se dit, de ce qui se fait dans le monde. Elles n’entreront jamais dans le catalogue des petits bonheurs que le monde propose.
Mais elles seront toujours d’actualité car elles restent et resteront toujours le chemin qui conduit à l’originalité d’un bonheur que tout homme recherche

_Les « Béatitudes » ne prétendent pas nous procurer une vie plus facile, plus molle, plus riche. Elles veulent canaliser nos désirs. Elles veulent faire de nous des personnes heureuses en nous invitant à ne pas nous enfermer sur nous-mêmes.

Je vous propose quelques réflexions d’un père jésuite, le père Henri de Lubac. Il fait une distinction entre la Béatitude et les petits bonheurs.

Dieu nous a faits pour la Béatitude - et nous cherchons pauvrement le bonheur.

Le bonheur, c’est ce que nous concevons et désirons spontanément.
C’est chose indigne de nous et que notre nature la plus profonde rejette.

La Béatitude, c’est Dieu.

Le chrétien ne demande pas le bonheur.
Jésus lui apprend à demander que le Nom du Père soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite.

Le Chrétien n’attend pas le bonheur.
Il attend les nouveaux cieux et la nouvelle terre, " où la justice habite".

Le chrétien ne désire pas le bonheur.
Il a faim et soif de justice. Il est altéré de vie éternelle.

Le chrétien n’espère pas le bonheur.
Il espère voir la gloire de Dieu.
"Au réveil je me rassasierai de ton visage (Ps 16,15)

Et c’est tout cela et ce ne peut être que cela le bonheur.

La béatitude, c’est Dieu.
(Magnificat N° 121 Décembre 2002 page 148)

Ces réflexions peuvent nous aider à accepter une question : « A travers nos choix de tous les jours, quelle est la recherche de notre vie ? »
Il serait stupide de ne pas profiter des facilités que nos techniques nous proposent mais il y a le danger d’en faire un absolu et d’être toujours à la recherche du dernier modèle pour en mettre plein la vue ou ajouter encore à nos performances.
Personne ne peut dire qu’il pratique intégralement les Béatitudes. Hormis la Vierge Marie, tous les plus grands saints ont égratigné les Béatitudes. Mais personne ne peut dire qu’elles lui sont interdites. Au-delà des petits bonheurs, la Béatitude, la rencontre avec Dieu est proposée à chacun dans le banal de sa vie.

Aujourd’hui, c’est la fête de tous ceux qui ne se sont pas laissé piéger par les petits bonheurs. Ils sont une foule que personne ne peut dénombrer. Ils ont laissé l’Esprit Saint travailler leur cœur. Ce n’est pas facile mais il n’y a pas d’autre solution.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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