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Le Verbe s’est fait chair

SAINT JEAN CHRYSOSTOME


LE VERBE S’EST FAIT CHAIR

"Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous". Pourquoi donc ces mots : "s’est fait" ? Pour fermer la bouche aux hérétiques. Puisque certains disent que ce qui touche à l’Incarnation n’est qu’illusion et apparence, l’évangéliste a mis : "s’est fait", pour prévenir ce blasphème. Il veut présenter par-là non un changement de la substance divine, mais faire entendre qu’une chair véritable a été prise par Dieu. Il a donc dit : "s’est fait chair", pour que tu n’aies pas l’idée d’une simple apparence.
Mais remarque ce qui suit, comme les mots chassent et réfutent cette mauvaise interprétation. Suit en effet ceci : "Et il a habité parmi nous". C’est comme si l’évangéliste disait : cette expression "s’est fait" ne doit faire penser à rien d’absurde. Je n’ai pas parlé d’un changement de la Nature immuable, mais j’ai dit qu’elle a dressé sa tente et qu’elle y habite. La tente n’est pas celui qui l’habite, c’est tout autre chose. Car autre est ce que l’on est, autre ce qu’on habite ; sinon, on ne peut parler d’habitation. Personne n’a soi-même comme maison ! J’ai dit qu’il était autre selon sa substance. Car Dieu le Verbe et la chair sont un par une union et une réunion : sans aucune confusion, sans aucune destruction des substances, mais par une union ineffable et inexplicable. Ne cherche pas comment cela s’est fait : lui seul le sait.
Et quelle est donc la tente sous laquelle il a habité ? Écoute ce qu’en dit le prophète : "Je relèverai la tente de David qui s’est écroulée". Notre nature s’était écroulée dans une chute sans remède ; seule la main de Celui qui est Puissant pouvait la relever. Elle ne pouvait se relever d’une autre manière, mais seulement si Celui qui l’avait créée à l’origine lui avait tendu la main et l’avait recréée d’en haut, par l’eau de la nouvelle naissance et par l’Esprit.
Vois avec moi ce mystère merveilleux et indicible : toujours il habite sous cette tente, car s’il a revêtu notre chair, ce n’est pas pour l’abandonner ensuite, mais pour la garder toujours avec lui. S’il n’en était pas ainsi, il ne l’aurait pas rendue digne du trône royal ; il n’aurait pas, revêtu d’elle, reçu l’adoration de toute l’armée du ciel : Anges, Archanges, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances. Quelle parole, quelle pensée pourrait rendre compte d’un pareil honneur conféré à la nature humaine, d’un tel honneur au-dessus de la nature et merveilleux ? Quel Ange ? Quel Archange ? Personne, ni au ciel ni sur terre.
Telles sont les belles œuvres de Dieu, tels sont ses bienfaits ; ils sont si grands et si au-delà de la nature que les retracer comme il convient surpasse non seulement le langage des hommes, mais aussi jusqu’à la force des Anges.
C’est pourquoi nous terminerons maintenant par le silence, après vous avoir rappelé que vous devez payer de retour un si grand bienfaiteur, ce qui, en sens inverse, sera pour votre bien. Et nous ne le payons de retour que si nous nous occupons de notre âme avec un grand soin. Car c’est l’œuvre de sa bonté, l’œuvre de celui qui n’a besoin de personne, de nous dire que nous le payons de retour lorsque nous ne négligeons pas le soin de nos âmes. C’est pourquoi ce serait folie totale, digne de supplices sans nombre, de ne rien lui apporter, selon nos forces, après avoir reçu de tels honneurs, d’autant que tout le profit nous en reviendra et que des biens innombrables nous attendent en récompense.
Pour tout cela, rendons gloire au Dieu très bon, non seulement en paroles, mais plutôt par nos actes, pour obtenir les biens à venir.

Homélie 11 sur l’évangile de Jean. - P.G. 59, col. 79.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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