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Luc 17, 11-19

7 octobre 2007
27ème Dimanche du T.O. –C-
Ha.1,2-3 ;2, 2-4 2 Tim. 1, 6-8, 13-14 Lc 17, 5-10

Ce que raconte le prophète Habacuc renvoie à ce qu’ont vécu, les Ukrainiens pendant la guerre 39-45, parmi tant d’autres peuples.
Maltraités par les Russes du régime soviétique, ils aspiraient à être libérés. Ils ont accueilli les soldats du régime nazi comme des libérateurs… et ce fut pire.

Les Assyriens (Irak du Nord) ont occupé Samarie, capitale du royaume du Nord, en 722. Cette année-là, Jérusalem, capitale du royaume de Juda, a échappé au danger.
Mais l’Assyrie s’affaiblit et ce sont les Babyloniens (ou Chaldéens, Irak du sud)) qui deviennent menaçants. De fait, ils occuperont Jérusalem 125 ans plus tard, en 597 et procèderont à une première déportation des habitants vers Babylone.

C’est sans doute à cette époque pleine d’incertitudes que se situe le livre du prophète Habacuc. Il ne comprend pas ce qui se passe. Il en appelle à Dieu contre Dieu lui-même dont l’action dans l’histoire est devenue incohérente.
Que Dieu choisisse les Babyloniens pour détruire les Assyriens, cela se comprend. Mais pourquoi les Babyloniens viennent-ils faire à Jérusalem ce que les Assyriens n’ont pas réussi à faire : détruire le Temple ?

Pour être honnête, il faut dire que la leçon donnée par les Assyriens au royaume du nord n’a pas fait réfléchir la population du royaume du sud. A Jérusalem, on traversait une période prospère et on s’est laissé aller à la même débauche que les gens de Samarie,… avec le même résultat, la destruction de la capitale.
En fait, pour corriger les gens du royaume de Juda, Dieu se sert du bâton actuellement disponible. Ce sera Nabuchodonosor, roi de Babylone.

Habacuc n’est pas tellement soucieux d’annoncer des malheurs. Il est plus tourmenté par le triomphe du mal et l’absence de Dieu dans le gouvernement du monde. Comment Dieu peut-il laisser les nations païennes faire de la surenchère dans le chapitre de la barbarie sur le dos de son peuple ? Cela ne tient pas debout

La réponse est qu’à travers ces événements troublants Dieu prépare la ruine des impies et le salut du juste qui « vivra par sa fidélité »

Remarques.
1). Ce que je raconte en six minutes se déroule dans l’histoire sur plus d’un siècle. Il faut imaginer les réactions du citoyen ordinaire de cette époque-là.
Il a une espérance de vie modeste ; il est croyant comme nous pouvons l’être ; il est scandalisé par le comportement de ses dirigeants, maltraité par les occupants et il ne comprend rien au comportement de son Dieu qui s’est engagé à faire de lui le centre du monde.
Nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre vie. Elle n’est qu’une poussière dans le déroulement de l’Histoire mais une poussière vivante. Elle est un maillon dans l’histoire de la transmission de la foi, un maillon infime mais indispensable.

2. « Le juste vivra par sa fidélité ». Autrement dit : c’est la fidélité qui fait vivre le juste. C’est la parole la plus connue du prophète Habacuc. Nous pouvons essayer de la retenir.
Nous avons une chance que les croyants du temps d’Habacuc n’avaient pas. Nous avons l’évangile. Il nous fait connaître Jésus qui pouvait, lui aussi, s’étonner du silence de Dieu, son Père.
Il s’est retrouvé dans la liste interminable des victimes des injustices et des violences, de l’indifférence, de la trahison.
Le mal, il ne l’explique pas comme on expliquerait une problème théorique. Il entre dedans. Il se donne un corps d’homme, un cœur d’homme pour affronter le mal de son temps, corps à corps et cœur à cœur.

3. Vivre dans la fidélité ne veut pas dire qu’il faut s’en tenir aux choses du passé. Cela veut dire qu’il faut sans cesse fouiller l’évangile pour y trouver une lumière qui permet d’avancer dans les nuits qui sont les nôtres aujourd’hui.

J’ai trouvé une réflexion du cardinal Etchegaray dans le missel « Magnificat » (N° 178 p. 378)

Nous sommes, provoqués à l’essentiel.
Dans une situation d’urgence, on met en sécurité la nourriture plus que la vaisselle, on protège le moteur de la voiture plus que les enjoliveurs, on sauve des flammes le bébé plutôt que le portrait de sa grand-mère.

Tenir l’essentiel pour l’Eglise, c’est tenir la Parole de Dieu dans le vacarme des paroles humaines.
Pour les divers métiers des hommes, les chrétiens y ont certes leur place à côté de celles des autres, mais le service de l’évangile, nous, les chrétiens, nous sommes les seuls à pouvoir le remplir, c’est d’ailleurs ce que les autres attendent de nous, que nous soyons des professionnels et non des amateurs de la vie évangélique.

Tenir l’essentiel et tenir jusqu’au bout.
Le plus difficile n’est pas de se lancer dans l’aventure de la sainteté, mais d’y rester comme dans un marathon sans fin.

Dans l’évangile, les apôtres disent au Seigneur : « Augmente en nous la foi »
St Paul dit à Timothée ; « Tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu. »

Si la foi était facile, si elle allait de soi, il n’y aurait pas besoin de demander du secours pour l’augmenter et la réveiller.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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