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Neuvaine préparatoire à la Pentecôte

JEAN DE SAINT THOMAS

LE BAISER DU SEIGNEUR

Les dons de l’Esprit sont appelés "esprits" dans l’Écriture, parce que l’âme les reçoit comme l’haleine même de Dieu, lorsqu’il la pare de ses dons, l’embrasse comme un époux et lui insuffle son Esprit par le baiser de sa bouche, afin que toutes les vertus de l’âme soient rendues parfaites et élevées à un mode supérieur d’opérer : "Les cieux ont été préparés par la Parole du Seigneur, et toute leur puissance affermie par le Souffle de sa bouche". Ce "Souffle de la bouche du Seigneur" qui affermit nos puissances est l’Esprit des dons. Dieu nous communique cet Esprit par son baiser qui est efficace au plus haut point lorsqu’il s’imprime sur une âme avide de désirs célestes, lorsqu’il en aspire et boit, pour ainsi dire, tout le souffle et la transporte toute en Dieu et l’arrache si violemment aux choses terrestres que la mort corporelle en résulte quelquefois.
Il est dit de Moïse : "Il est mort sur l’ordre du Seigneur". Ce que d’aucuns ont pu traduire ainsi de l’hébreu : "Il est mort du baiser du Seigneur". Le commandement de la bouche divine fut donc comme un baiser de Dieu, baiser qui s’imprima si fortement sur l’âme de Moïse qu’il en but et aspira tout le souffle de vie, baiser qui l’arracha à son corps par la puissance de l’amour spirituel.
C’est un tel baiser que connaissent les saints qui peuvent dire avec Paul : "Si nous sommes ivres en esprit, c’est pour Dieu ; si nous sommes sobres, c’est pour vous". _ En conséquence, la sobriété de l’action des saints à l’égard du prochain est opposée à l’excès et à l’ivresse d’esprit qui les fait entrer dans les puissances du Seigneur. Ne se souvenant que de la justice, ils sont ivres pour Dieu, sobres pour le prochain. Tel est en effet ce cellier à vin où Dieu met en ordre la charité. Et cet ordre de la charité est que l’âme impatiente et comme ivre de son Dieu se porte d’abord vers lui de tout son élan et sans mesure ; et ensuite seulement vers le prochain avec discrétion et modestie, selon la qualité de chacun et la nécessité présente, ne s’attachant trop a quiconque et ne recherchant personne, sinon pour Dieu.
Là doit être cherché le sens profond de ce livre très secret de l’amour spirituel qu’est le Cantique des cantiques, livre qui commence au baiser du Seigneur : "Qu’il me baise du baiser de sa bouche". Comme si les amours de la sainte Église commençaient là où Moise a terminé sa vie : "Il est mort d’un baiser du Seigneur". En effet, lorsque prend fin la Loi donnée par Moïse, commence la loi de l’amour spirituel qui est le Saint-Esprit lui-même, qui procède de la bouche de Dieu, unit le Père et le Fils, et se répand sur l’Église au jour de la Pentecôte et à travers tous les siècles.
Le baiser de la bouche du Seigneur est tout entier spirituel et pur. Ce n’est pas un baiser provenant de la passion : celui-ci, s’il se fait de la bouche, ne procède pas de la bouche, mais de la concupiscence et de la chair. Tandis que le baiser de la bouche du Seigneur est le baiser de la voix et de la parole, le baiser de l’intelligence et du Verbe, le baiser de la Splendeur. "Les cieux ont été affermis par la Parole du Seigneur, et toute leur vertu est ornée par l’Esprit qui sort de sa bouche".

Les dons du Saint-Esprit, 17-18.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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