Philippiens 4,4-7

3e Dimanche de l’Avent C

2ième lecture : Philippiens 4/4-7

4 Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous.
5 Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes ! Le Seigneur est proche.
6 Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu.
7 Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.


A propos de cette lecture :

Si la première lecture invite à la joie, la deuxième nous demande de la garder non en nous forçant mais parce que la confiance nous donnera d’aller joyeusement à travers les avatars de chaque jour.
Le fondement de cette joie confiante réside dans la présence toute proche du Seigneur. Il ne s’agit pas d’être contents de nous mais de Dieu.
Garder la joie, c’est conserver la sérénité. Nous ne sommes pas masochistes, mais autre chose est de subir les événements parce qu’il n’y pas d’autre solution, autre chose de les assumer dans la liberté de l’amour vécu. Ne pas se faire de soucis n’est pas une invitation à l’insouciance mais à ne pas sombrer dans la hantise du lendemain.

Pour la seconde fois dans cette lettre Paul reprend son invitation à la joie. Déjà en 3,1, il avait commencé l’invitation puis il avait repris de nouvelles exhortations et mises en garde et voilà qu’il revient cette fois en force à son sujet abandonné.
Joie incontournable nous dit Paul alors que nous avons tellement de motifs et sujets pour le contraire. Paul a connu beaucoup de souffrances et des difficultés sans nombre, voici son appel à la joie. Après tout cela comment est-ce possible qu’il puisse nous dire avec tant d’insistance : « Réjouissez-vous » ?
C’est un précepte, un ordre que Paul donne à sa communauté alors qu’il est en détention et la communauté connaît elle aussi des difficultés. Quel est le secret de cette joie ?

Pour Paul la joie c’est ce qui lui reste lorsqu’il a oublié et mis de côté tout ce qu’il a vécu et qui surnage de ses souvenirs du passé : il lui reste une joie profonde. Où se trouve notre joie ? Nous sommes tellement vite débordés, accablés, décontenancés ! Comment trouver la joie au-delà de nos soucis ? La vraie joie ? Alors que nous manquons de ressort et sommes écrasés par tant de difficultés, d’échecs et la mort. Paul nous invite à laisser décanter et prendre du recul…

_La joie est le premier témoignage que nous aurons à donner au monde d’aujourd’hui, le second sera l’indulgence, la bonté : « que votre bonté soit reconnue de tous les hommes." L’indulgence, la bonté c’est garder le sens des proportions, ne pas faire une histoire avec ce qui n’en vaut pas la peine. Voilà notre manière de vivre notre foi et d’être présent au monde : la joie et la bonté.
La joie n’est pas une affaire épidermique, sentimentale que nous pourrions provoquer d’ une manière ou l’autre. Eh bien non dit Paul la joie a sa source, son intensité dans le Seigneur, dans le Christ mort-ressuscité et non selon le monde.
« La joie dans le Seigneur est une joie qui résulte de l’union au Christ, une joie intérieure qu’il communique aux membres de son corps mystique par la foi(Rm 15,13), une joie que ne peuvent détruire les tribulations extérieures(2 Co 7,4) » Gaide dans Ass du Sgr 7 pe 60.
C’est à la joie de l’Evangile, des béatitudes que Paul nous invite.
Il ne s’agit pas d’être content de soi mais du Seigneur : « réjouissez-vous dans le Seigneur. » Qu’il me soit permis de citer R. Guelluy : « Le choix fondamental auquel chaque chrétien est invité est celui-ci : vouloir nous réaliser par nous-mêmes et arriver à être contents de nous, ou faire confiance à Dieu en étant contents de lui quelles que soient nos limites. Faire confiance envers et contre tout à l’affection divine, et notamment dans nos épreuves et nos fautes, c’est faire dans le présent, œuvre d’éternité. C’est cheminer dans la paix vers la définitive rencontre ».
Cette confiance totale en Dieu produit des fruits de douceur. Tout le contraire de ce que la peur et l’inquiétude peuvent provoquer en réactions de violence, de rejet, de refus, d’exclusion.

Joie confiante, rayonnante, provoquée par la proximité du Seigneur :
V5 : « le Seigneur est proche » : voilà une affirmation qui devrait relativiser nos soucis et nos appréhensions et nous donner la vraie joie. Il s’agit d’une certitude dans la foi : le Seigneur est proche, il vient. Cette proximité du Seigneur n’est pas d’une clarté évidente : il est déjà là et pas encore pleinement là. C’est dans l’assurance de sa présence encore voilée – dont nous avons déjà perçu des signes- que nous cheminons, certains de sa venue, de sa présence.
Pour les premières communautés chrétiennes le Seigneur est proche signifiait aussi le retour imminent du Seigneur, la Parousie dont elle étaient persuadées.
Que change cette proximité du Seigneur ? Elle provoque un sentiment de certitude, d’apaisement, d’abandon et de paix : « ne vous inquiétez de rien. » Un conseil ? un ordre ?
C’est un ordre. La foi s’en remet totalement au Seigneur mais ne reste pas pour autant inactive, passive. Il précisera au v 6 comment vivre cet abandon de manière constructive. « Cette remise à Dieu ne signifie nullement abdication, démission ou insouciance béate. Elle comporte une activité intérieure, car ses soucis, le chrétien doit les présenter à Dieu « dans l’oraison et la prière pénétrée d’action de grâce » Gaide As du Sgr 7 pe61

La venue du Seigneur ne se mesure pas dans le temps ou l’espace mais c’est dans l’intensité de sa présence et dans la qualité de communion avec lui qu’elle sera effective et nous apportera la joie.
Le Christ est toujours proche de ceux qui le cherchent, de ceux qui l’appellent, de ceux qui le prient. C’est l’expérience de sa présence qui permet de persévérer dans l’espérance et l’action de grâce.

_Paul nous invite à un optimisme sans illusions mais fondé sur la certitude de l’espérance qui ne peut pas tromper ceux qui sont dans le Christ.

Garder la joie, c’est conserver la sérénité. Nous ne sommes pas masochistes, mais autre chose est de subir les événements parce qu’il n’y pas d’autre solution, autre chose de les assumer dans la liberté de l’amour vécu. Ne pas se faire de soucis n’est pas une invitation à l’insouciance mais à ne pas sombrer dans la hantise du lendemain, une invitation à se libérer des soucis qui risquent d’entraver la liberté du disciple.
Cette exhortation trouve son illustration dans la parabole des oiseaux du ciel et des lys des champs. (Mt 6,25-34). Une telle sérénité est le fruit de l’abandon à la providence qui va bien au-delà de nos prévisions.
La foi dans le Seigneur qui vient est une arme efficace contre l’angoisse et à celle-ci Paul en ajoute une seconde : la prière. C’est elle qui aidera à persévérer et apportera la paix qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer en renouvelant l’attachement des chrétiens au Christ et leur faisant mieux saisir que leurs épreuves sont à vivre à la lumière de celles du Christ.
Paul ne fait pas de distinction : tous les genres de prière y passent : supplication, action de grâce et en toute circonstance. Il ajoute : « n’oubliez pas l’action de grâce » n’oubliez pas de dire merci, c’est ainsi que vous verrez mieux ce que Dieu vous donne. A force d’oublier de dire merci on oublie ce qu’on a reçu.

Nous sommes appelés à un optimisme solide fondé sur la certitude de l’espérance chrétienne qui ne peut pas tromper étant basée sur le don de l’Esprit St qui nous constitue enfants adoptifs du Père et cohéritiers du Christ.
Dès ici bas nous participons à sa vie, prélude de la récompense éternelle dont l’Esprit St constitue les arrhes.
Le Christ vient en nous sans cesse, en attendant le jour où il nous prendra avec lui.
Cette perspective donne à l’espérance chrétienne une fermeté inébranlable et apporte à celui qui sait comprendre une joie qui persiste même au milieu des épreuves et dont le Seigneur nous a promis que personne ne pourra nous la ravir.
« Ce Verbe de Dieu, "Il est proche", proclame Sophonie. Tellement proche qu’ "il est en toi". Cette proximité du Seigneur, précise Paul, relativise les inquiétudes, nourrit la joie, contribue à la sérénité, et donne la paix de Dieu. C’est vraiment une Bonne Nouvelle. »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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