Accueil > Prier avec nous > Auteur patristique > Saint Jean Damascène - Pour l’Assomption

 

Saint Jean Damascène - Pour l’Assomption

Saint JEAN DAMASCÈNE

LA COLOMBE S’EST ENVOLÉE

Aujourd’hui l’arche sainte et vivante du Dieu vivant, celle qui a porté dans son sein son Auteur, se repose dans le temple du Seigneur, temple non bâti de main d’homme, et David, son ancêtre et l’ancêtre de Dieu, saute de joie. Les anges dansent en chœur avec lui, les archanges applaudissent, et les puissances des cieux chantent sa gloire, car ce n’est pas pour eux une faible gloire que de glorifier la Mère de la Gloire !
Aujourd’hui la colombe toute sainte, cette âme pure et innocente, consacrée par l’Esprit divin, s’est envolée de l’arche, je veux dire de son corps ; elle a trouvé où reposer ses pieds et s’est établie dans la terre sans tache de l’héritage d’en haut. Aujourd’hui la Vierge sans tache qui n’a pas entretenu d’affection terrestre, mais s’est nourrie des pensées du ciel, n’est pas retournée à la terre, et comme un ciel vivant, la voici plantée parmi les tentes célestes.
Comment tomberait-elle au pouvoir de la mort, celle qui a fait jaillir la vraie vie pour tous ? Certes, elle obéit à la loi établie par son propre enfant : fille du vieil Adam, elle se soumet à la sentence portée contre son père, car son Fils, qui est la Vie même, ne s’y est pas dérobé. Mais en tant que mère du Dieu vivant, il est juste qu’elle soit élevée jusqu’à lui. Dieu dit, en effet, du premier homme créé : "Prenons garde qu’il n’étende la main et ne prenne aussi du fruit de l’arbre de vie, qu’il n’en mange et ne vive éternellement". Comment donc celle qui reçut en elle la Vie même, sans commencement ni fin, ne serait-elle pas vivante pour l’éternité ? Jadis, les premiers parents de notre race mortelle, enivrés du vin de la désobéissance, l’œil du cœur appesanti par l’ivresse de la transgression, le regard de l’esprit alourdi par le poids du péché, s’étaient endormis du sommeil de la mort : le Seigneur les exila et les chassa du paradis d’Éden. Mais à présent, comment le paradis pourrait-il ne pas recevoir celle qui a repoussé tout mouvement de passion et qui a mis au monde l’enfant de l’obéissance à Dieu et au Père ? Comment le ciel ne lui ouvrirait-il pas joyeusement ses portes ?
N’en doutons pas ! Ève qui prêta l’oreille au message du serpent, qui écouta la suggestion de l’ennemi, Ève dont les sens goûtèrent le charme du plaisir mensonger et trompeur, emporte une sentence de tristesse et d’affliction : elle est condamnée à la mort, avec Adam. Mais comment la mort pourrait-elle engloutir la nouvelle Ève, la toute heureuse, en vérité, qui s’inclina docile à la parole de Dieu, qui fut remplie de la force de l’Esprit et reçut dans son sein, à l’assurance de l’archange, celui qui était la Personne du Dieu Verbe qui remplit tout, elle qui fut unie à Dieu de tout son être ? Comment la corruption pourrait-elle s’en prendre au corps qui a contenu la vie ?
À son seul aspect, la mort est saisie d’effroi : instruite par sa défaite quand elle s’est attaquée à son Fils, la leçon de l’expérience l’a rendue prudente. Si le Christ qui est la Vie et la Vérité a dit : "Là où je suis, là sera aussi mon serviteur", comment, à plus forte raison, sa mère ne partagerait-elle pas sa demeure ? Quand elle l’avait enfanté, ce fut sans douleur ; sans douleur aussi fut son départ de cette vie. Précieuse, en vérité, la mort des saints du Seigneur, le Dieu des forces du ciel ; plus précieuse encore la migration de la Mère de Dieu !
Maintenant que les cieux se réjouissent, que les anges applaudissent ! La vivante cité du Dieu des forces du ciel est élevée dans les hauteurs, et les rois apportent un présent inestimable dans la Jérusalem d’en haut : ceux que le Christ a établis chefs de toute la terre, les Apôtres, escortent la Mère de Dieu, la toujours Vierge.

Deuxième homélie pour la Dormition, 2, 3.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>