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Un chant dans la nuit - Timothy Radcliffe

TIMOTHY RADCLIFFE

UN CHANT DANS LA NUIT

Notre société actuelle est assoiffée d’une nouvelle histoire qui donne un sens à notre identité. Je crois que le sens de la vie religieuse consiste à répondre à cette question : “La vie humaine, quel sens a-t-elle aujourd’hui ?”. Les gens doivent pouvoir reconnaître dans nos vies une invitation à une nouvelle manière d’être homme.
La vocation qui met le plus radicalement en lumière cette ouverture sur l’avenir est celle des moines ou des moniales contemplatifs. Leur vie n’a aucun sens s’ils ne sont pas sur le chemin du Royaume. Le cardinal Basil Hume est le chrétien le plus respecté d’Angleterre, en partie parce qu’il est moine. Et il a écrit ceci des moines : “Nous ne considérons pas que nous ayons une mission ou une fonction particulière dans l’Église. Nous ne nous destinons pas à changer le cours de l’Histoire. Nous sommes là, c’est tout, presque par accident d’un point de vue humain. Et heureusement, nous continuons à être là, c’est tout”.
Les moines sont là, c’est tout, et leur vie n’a donc aucun sens, sinon d’annoncer l’achèvement des temps, cette rencontre avec Dieu. Ils sont comme ces gens qui attendent à l’arrêt du bus. Le seul fait qu’ils soient là indique que le bus doit sûrement arriver. Il n’y a pas de sens provisoire ou de sens partiel. Pas d’enfants, pas de carrière, pas de réalisations, pas de promotion, pas d’utilité. C’est par une absence de sens que leur vie révèle une plénitude de sens que nous ne pouvons définir. Tout comme la tombe vide annonce la Résurrection, ou le scintillement dans l’orbite d’une étoile indique l’invisible planète.
Le monachisme occidental est né dans un moment de crise. C’est pendant que l’Empire romain se mourait lentement sous les assauts barbares, que Benoît se rendit à Subiaco et fonda une communauté de moines. Alors que l’histoire de l’humanité semblait n’aller nulle part, Benoît fonda une communauté de gens dont la vie n’avait d’autre sens que d’indiquer cette fin ultime, le Royaume.
On pourrait dire que la vie religieuse nous force à vivre à découvert la crise moderne. La plupart des gens suivent un modèle de vie et une histoire permettant de garder la question principale à distance. Une vie peut tenir sa propre signification du fait de tomber amoureux, de se marier, d’avoir des enfants puis des petits-enfants. Ou bien l’histoire d’un autre trouvera son sens dans une carrière, en gravissant les degrés de la promotion, en faisant fortune et même en gagnant la notoriété. On peut raconter bien des histoires pour donner un modèle provisoire et un sens à notre séjour sur terre. Et cela est juste et bon. Mais nos vœux ne nous offrent pas cette consolation. Nous n’avons pas de mariage pour donner forme à notre vie. Nous n’avons pas de carrière. Nous sommes nus face à la question : “La vie humaine, quel sens ?”.
Au cœur de la nuit, moines et moniales chantent les louanges de Dieu. Ils nous disent ainsi que même dans le noir, entre le commencement et la fin, on peut rencontrer Dieu et le glorifier. C’est maintenant l’heure. Attendant d’être assassiné, Jésus dit à ses disciples : “Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde”. C’est maintenant l’heure de la victoire et de la louange.
Je vous appelle amis, p. 247-252.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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